Ian Manook

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Rude journée pour le commissaire Yeruldelgger Khaltar Guichyguinnkhen. A l’aube, il apprend que trois Chinois ont été découpés au cutter dans une usine près d’Oulan-Bator. Quelques heures plus tard, dans la steppe, il déterre le cadavre d’une fillette aux boucles blondes agrippée à son tricycle rose. Il y avait la Suède de Mankell, l'Islande d'Indridason, l'Ecosse de Rankin, il y a désormais la Mongolie de Manook !

Une maîtrise époustouflante pour le polar le plus dépaysant et le plus primé de tous les temps : le prix des lecteurs Quais du polar/20 minutes, le prix SNCF 2014, le prix des lectrices de Elle (polar) et le Prix des Lecteurs Notre Temps 2014.

 

 

 

Un premier polar mongol, où l'enquêteur unit des traditions héritées de Gengis Khan et les technologies d'enquête les plus modernes pour lutter contre les puissances qui mettent son pays en coupe réglée. Dépaysant à souhait... 

Le corps enfoui d'une enfant, découvert dans la steppe par des nomades mongols, réveille chez le commissaire Yeruldelgger le cauchemar de l'assassinat jamais élucidé de sa propre fille. Peu à peu, ce qui pourrait lier ces deux crimes avec d'autres plus atroces encore, va le forcer à affronter la terrible vérité. Il n'y a pas que les tombes qui soient sauvages en Mongolie. Pour certains hommes, le trafic des précieuses "terres rares" vaut largement le prix de plusieurs vies. Innocentes ou pas. 

Dans ce thriller d'une maîtrise époustouflante, Ian Manook nous entraine sur un rythme effréné des déserts balayés par les vents de l'Asie Centrale jusqu'à l'enfer des bas-fonds d'Oulan-Bator. Il y avait la Suède de Mankell, l'Islande d'Indridason, l'Écosse de Rankin, il y a désormais la Mongolie de Ian Manook ! 
Une interprétation à "cœur battant" qui entraîne l'auditeur dans une histoire pleine de méandres, bouleversante, en immersion totale.

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"Yeruldelgger" de Ian Manook lu par Martin Spinhayer - Prix Audiolib 2015

 

 

 

Ma chronique : 

 

Je viens de terminer l’écoute du premier roman de Ian Manook. Yeruldelgger lu par  Martin Spinhayer est juste parfait. J’ai aimé toutes les intonations, les différentes voix prisent en fonction des personnages, c’est une réussite puisque je suis allée jusqu’au bout de mon écoute en y prenant un grand plaisir. Nous allons découvrir la Mongolie avec ses traditions et ses contrastes entre modernité et ancien temps. L’histoire nous emportera dans les bas fonds de la capitale Oulan-Bator une des villes les plus polluées sur la planète et la campagne avec ses grandes étendues de nature authentique comme peuvent l’être les steppes de l’Asie centrale. Un roman ethno-polar exceptionnel même si l’auteur n’est pas de ce pays, il le connaît très bien et sait nous faire partager son amour pour la Mongolie. Au côté de l’inspecteur Yeruldelgger, nous allons suivre l’enquête menée après la découverte du cadavre d’une petite fille enterrée vivante avec son tricycle en pleine steppe.  C’est un triste état des lieux que l’auteur nous fait de la Mongolie moderne avec son cortège de déshérités et de pauvreté, la corruption aussi tout cela est à l’image de la force et de la violence contenue dans ce flic brisé et  torturé qu’est Yeruldelgger. Pourtant il y a aussi le côté traditionnel, les yourtes, la gastronomie locale et les grandes étendues qui viennent contrebalancer ce désespoir. Il y a une flopée de personnages des méchants, très méchants mais aussi des personnages très attachants, je pense à Gantulga et à Oyun qui forme un duo de choc, ils vont devenir amis et sont un véritable plus pour l’histoire. Il y a aussi Saraa la fille de Yeruldelgger qui a une relation complexe avec son père et à qui il arrive aussi des choses impensables. Et enfin il y a la belle Solongo , médecin légiste est compagne épisodique de notre flic qui sait relier la violence que porte Yeruldelgger en lui à l’harmonie des traditions chamaniques qui sont encore très vivantes . L’épisode des moines et du Monastère et la ressource que Yeruldelgger en tire est fabuleusement écrit.  Au fil des pages lues en ne peut s’empêcher d’en vouloir plus. J’ai aussi aimé le titre des chapitres qui sont en fait la fin de phrase du chapitre lui-même. Le livre se termine en nous donnant à penser que ce n’est pas fini,  Erdenbat est toujours en vie ce qui présume que nous devrions retrouver certains personnages dans le tome 2. Vivement. Bonne lecture.

 

Citation :

Une sorte de bonheur...

Yeruldelgger observait l'objet sans comprendre. D'abord il avait regardé, incrédule, toute l'immensité des steppes de Delgerkhaan. Elles les entouraient comme des océans d'herbe folle sous la houle irisée du vent. Un long moment, silencieux, il avait cherché à se convaincre qu'il était bien là où il se trouvait, et il y était bien. Au coeur de distances infinies, au sud de la province du Khentii et à des centaines de kilomètres de ce qui pourrait un tant soit peu justifier la présence incongrue d'un tel objet.
Le policier du district se tenait respectueusement à un mètre derrière lui. La famille de nomades qui l'avaient alerté, à quelques mètres en face. Tous le regardaient, attendant qu'il apporte une explication satisfaisante à la présence de l'objet saillant de terre, de travers par rapport à l'horizon. Yeruldelgger avait respiré profondément, malaxé son visage fatigué dans ses larges paumes, puis il s'était accroupi devant l'objet pour mieux l'observer.
Il était vidé, épuisé, comme essoré par cette vie de flic qu'il ne maîtrisait plus vraiment. Ce matin à six heures on l'envoyait enquêter sur trois cadavres découpés au cutter dans le local des cadres d'une usine chinoise dans la banlieue d'Oulan-Bator, et cinq heures plus tard il était dans la steppe à ne même pas comprendre pourquoi on l'avait envoyé jusque-là. Il aurait de loin préféré rester en ville pour enquêter sur les cadavres des Chinois avec son équipe. Il savait par expérience et par goût de l'adrénaline que la première heure sur une scène de crime était déterminante. Il n'aimait pas trop ne pas y être, même s'il avait toute confiance en l'inspecteur Oyun qu'il avait laissée en charge. Elle savait y faire et le tiendrait au courant si nécessaire.
Le policier du district n'avait pas osé s'accroupir à côté de lui. Il restait debout, à moitié penché, les genoux plies et le dos cassé en deux. Mais à la différence de Yeruldelgger, il ne cherchait pas à comprendre. Il attendait juste que le commissaire de la capitale le fasse. Les nomades, eux, s'étaient accroupis en même temps que lui. Le père était peut-être un grand-père, le visage plissé par la lumière du soleil sous son chapeau traditionnel pointu. Il portait un vieux deel de tissu satiné vert, tout brodé de jaune, et des bottes de cavalier en cuir. La femme était habillée d'un manteau bleu clair et soyeux serré par une large ceinture de satin rose. Elle était beaucoup plus jeune que l'homme. Les trois enfants se suivaient en rang d'oignons, rouge, jaune et vert : deux garçons et une petite dernière. Le commissaire jugea qu'il y avait à peine un an de différence de l'un à l'autre. Toute la famille affichait un air réjoui et de grands sourires qui tranchaient sur leurs visages à la peau rugueuse et rougie par les vents des steppes, le sable des déserts et les brûlures de la neige. Yeruldelgger avait été un gamin des steppes comme eux dans une de ses premières vies.
- Alors, commissaire ? osa le policier du district.
- Alors c'est une pédale. Une pédale de petite taille. Je suppose que tu as déjà vu une pédale, policier ?
- Oui, commissaire. Mon fils a un vélo.
- À la bonne heure, soupira Yeruldelgger, alors tu sais ce que c'est qu'une pédale !
- Oui, commissaire. --Ce texte fait référence à l'édition Broché .