Je remercie les Editions du Quai Voltaire pour ce SP.

Fiona Melrose

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Biographie de l'auteur

Née à Johannesburg, Fiona Melrose a eu plusieurs carrières, notamment dans l'analyse politique pour des O.N.G. et le secteur privé. Elle vit aujourd'hui en Afrique du Sud. Midwinter a été sélectionné pour le Baileys Women's Prize for Fiction 2017. Johannesburg, son deuxième roman, paraîtra à Quai Voltaire en 2019.

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Présentation de l'éditeur

Landyn Midwinter et Vale, son fils, agriculteurs dans le Suffolk, sont des hommes du terroir. Les temps sont durs, et face à la concurrence des grandes entreprises ils doivent lutter pour garder leur propriété, leur gagne-pain et leur héritage. Mais un combat plus profond et plus brutal est à l'oeuvre en arrière-plan : un face-à-face à propos de l'horrible mort de Cecelia, épouse et mère adorée, dix années auparavant en Zambie ; un passé que tous deux ont refusé d'affronter jusque-là. Lors d'un hiver particulièrement éprouvant, Landyn et Vale se débattent avec leurs souvenirs et leur douleur, remuant ce qui reste de leur fragile unité familiale sans cesse menacée d'éclatement. Tandis que Vale prend des décisions de plus en plus désespérées, Landyn se réfugie auprès de sa terre et de ses bêtes. Dans une langue à la fois sensible, orale et elliptique, les récits de Landyn et de Vale alternent pour raconter à la fois le Suffolk et la Zambie. Un va-et-vient temporel et géographique remarquablement construit. Midwinter est un roman naturaliste et poétique qui traite de la culpabilité et des occasions perdues, de la relation entre ces deux hommes aussi fragiles que leur quotidien est rude. Un premier roman polyphonique, sombre et magistral.
Ma chronique : 

Quel livre magnifique, j’ai beaucoup aimé me laisser emporter par le récit que Fiona Melrose nous propose. Nous sommes dans un petit village de campagne isolé et glacial du Suffolk. L'histoire d'un père et son fils qui ne se remettent ni l'un ni l'autre d'un événement traumatique vécu il y a une dizaine d'année. La famille Pa, Ma et leur fils Vale, agriculteurs au bord du gouffre quitte l’Angleterre pour tenter d’écrire une nouvelle page dans un nouveau pays. Grace à des mesures gouvernementales, ils vont partir en Zambie apprendre aux africains, leurs techniques agricoles. Malheureusement cela va très mal se terminer puisque Ma sera assassinée et qu’ils retourneront en Angleterre avec cette douleur en eux sans être capable de mettre des mots dessus. Parallèlement à cela Vale et son meilleur ami Thomas quittent le port un soir bien éméchés et rien ne sera plus comme avant. L’alternance des temps et des lieux nous invite à la réflexion de la Zambie au Suffolk notre cœur balance. La symbolique est aussi très présente sous la forme d’une renarde qui apporte un soutien inespéré à Pa quasiment un sens à sa vie. La relation entre ce père et ce fils est faite de  regret, de culpabilité, de non-dits et de souvenirs et puis il y a toute cette douleur qui s’exprime d’autant plus fortement que l’on sent que leur vie est âpre et rude. Une sorte de désespérance que rien ne vient égayer si ce n’est la nature et encore. L’hiver a une place très importante, le froid, la neige et les étendues glacées. L’écriture est splendide quasi poétique par moment  et la description de ces hommes taiseux m’a bien souvent émue.  Alors certes, certain diront qu’il n’y a pas beaucoup d’action et qu’il ne se passe pas grand-chose mais de mon côté j’ai vraiment apprécié cette mélancolie et ce calme. La relation aux animaux est très forte et magnifiquement écrite avec une scène terrible c’était juste ce qu’il fallait pour s’ouvrir aux ressentis des personnages même si cela m’a tiré quelques larmes, l’émotion fait partie du plaisir. C'est fort, puissant et très beau, à éviter quand même si on n'a pas le moral. Bonne lecture.

Citation:

Il y avait un bon bout de chemin à parcourir jusqu’au bois et c’était dur d’avancer dans l’humidité. La campagne était superbe. La moindre feuille était fumante de froid. Des toiles d’araignées avaient gelé, ainsi que chaque brindille et chaque broussaille. Poteaux, charrues et arbres tombés à terre étaient tous recouverts de neige et le ciel promettaient encore. Un troupeau d’oies sauvages a traversé le ciel en route vers chez elles. La lumière du jour allait disparaître sous peu, même s’il faisait encore assez clair pour que je trouve mon chemin. Le froid me râpait la gorge et mon souffle s’est accéléré à cause de l’effort de la marche. Je sentais tous les ennuis de ces derniers jours assis dans mon corps et près d’en partir. Le gel traversait mes grosses chaussures et mes orteils se rétractaient un maximum pour y échapper. Le froid pouvait y entrer comme la moisissure dans une botte de foin. Au début on le remarquait à peine, puis une fois qu’il était installé, c’était trop tard. Rien à faire pour l’éliminer. Il n’y avait que de l’acier là-haut dans cette brume et ces nuages, je le savais.

 
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