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L'atelier de Litote

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30 septembre 2026

Grook et Lisek

 Je remercie les Editions Père Fouettard  pour ce nouvel album.

Berenika Kolomicka 

Berenika Kołomycka, née en 1983, est autrice de bande dessinée, dessinatrice, sculptrice et artiste graphique. Elle est diplômée de l’Académie des Beaux-Arts de Varsovie, où elle s’est spécialisée en sculpture. Elle participe également à des expositions collectives en Pologne et à l’étranger, et anime régulièrement des ateliers de bande dessinée pour adultes et enfants. Elle illustre la série MIKA et sa série Grook et Lisek est son propre projet. En dehors de son travail, elle aime s’occuper de son chat Mami et de son chien Lisisław Fox, sous inépuisable d'inspiration.

Présentation de l'éditeur :

 

Lisek, un adorable renard, a une vie parfaitement organisée. Puis Grook, un sanglier plein d'énergie, surgit, et avec lui des défis à sa taille… et à sa panique.
Lisek compte tout, vérifie trois fois si sa porte est fermée, range ses noisettes par taille. Un maniaque attachant qui aimerait bien qu'on le laisse tranquille. Grook, lui, déboule, s'installe pour le thé sans demander, pose mille questions, raconte des histoires sans queue ni tête, mange les provisions. Un envahisseur impossible à virer parce qu'au fond, il est adorable avec ses grandes idées et son enthousiasme débordant.
Quand Grook disparaît, Lisek découvre que le silence, c'est pire que le bruit. Quand il revient, leur amitié se construit sur le terrain : une rivière à traverser (Grook plonge, Lisek calcule), un hiver rude à affronter (ils partagent la dernière noisette), un foulard coincé haut dans un arbre que Grook ira récupérer malgré sa peur du vide (parce que Lisek y tient).
Mini-épreuves, maxi-courage !

Ma chronique

Lisek aime que tout soit parfaitement organisé. Ses réserves de noisettes sont prévues, ses siestes aussi, tout comme ses promenades autour de son pommier. Ce renard solitaire apprécie sa tranquillité et ne semble avoir besoin de personne. Jusqu’au jour où Grook, un sanglier aussi attachant qu’envahissant, vient bouleverser ses habitudes.

J’ai beaucoup aimé cet album, d’abord pour sa forme qui ressemble à une véritable bande dessinée. Les cases, les dialogues dans les bulles donnent beaucoup de rythme à l’histoire. Les illustrations m’ont également séduite. Les teintes brunes et ocres, les feuilles qui volent, le renard roux et le sanglier brun composent un univers chaleureux, particulièrement agréable à découvrir en automne.

Au début, Lisek n’est pas franchement ravi de cette présence qui s’impose dans son quotidien. Pourtant, peu à peu, Grook trouve sa place auprès de lui. Ils partagent des moments, partent explorer les environs et, sans vraiment s’en rendre compte, une complicité s’installe entre eux.

Puis vient le moment où Lisek décide de partir seul. À son retour, Grook a disparu. C’est alors que le renard découvre quelque chose qu’il n’avait pas prévu dans son existence parfaitement organisée : le manque. Quand Grook réapparaît, quelques mots suffisent pour comprendre que leur relation a changé. Une véritable amitié est née.

Cette amitié est joliment symbolisée par une écharpe portée par le vent et tombée sur les branches du pommier. Lorsque l’hiver arrive et que le froid devient trop intense, ils la partagent en deux pour avoir chacun un peu de chaleur. Une image simple et touchante.

Ensemble, ils vont ensuite prendre la route, affronter le froid, la neige et les difficultés, jusqu’au retour du printemps. J’ai aimé suivre ces deux petits animaux courageux qui avancent malgré les épreuves.

Un très bel album, plein de douceur, d’amitié et de simplicité, que j’ai trouvé aussi beau dans son histoire que dans ses dessins.

 
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29 septembre 2026

Dur comme la lave

Je remercie les Editions Métailié pour ce partenariat.

 

 

 

Lilja SIGURDARDÓTTIR 

 
Biographie de l'autrice
 
Lilja SIGURDARDÓTTIR est née en 1972, elle est auteur de théâtre et de romans noirs, et participe à l’organisation du Festival Iceland Noir de Reykjavík. Elle vit entre l’Islande et Glasgow. Sa trilogie Reykjavík Noir est traduite en huit langues et a rejoint la liste des best-sellers dans de nombreux pays. Elle est aussi choriste du groupe de rock Fun Lovin’ Crime Writers.

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :

 

Quand Aurora reçoit un appel lui annonçant qu’une enfant qu’elle n’a jamais rencontrée prétend être la réincarnation de sa sœur disparue, elle est bouleversée… aussi absurdes que ces allégations puissent paraître. Cela fait trois ans qu’elle cherche sa sœur sans trouver le moindre indice, et voilà que cette étrange petite fille semble détenir de nouvelles informations.

Ce même jour, Daníel, son amant, un policier, rentre chez lui et trouve un mot de sa locataire, la drag-queen Lady Gúgúlú, lui annonçant qu’elle quitte son appartement et le pays. Daníel se méfie immédiatement, et lorsque trois hommes menaçants apparaissent, à la recherche de Lady, il comprend clairement que quelque chose ne tourne pas rond…

Plein de rebondissements, avec une intrigue et une atmosphère envoûtantes, voici le quatrième tome de la série des enquêtes d’Aurora, dans lequel ses amis et elle font face à un danger inimaginable et à des expériences extraordinaires qui pourraient tout changer, pour toujours…

 

 

 

Ma chronique : 

 

Depuis trois ans, Aurora cherche à comprendre la disparition de sa sœur Ísafold, dont le corps n’a jamais été retrouvé. Lorsqu’une fillette de trois ans affirme être Ísafold réincarnée, la tentation de la croire est immense, d’autant que l’enfant semble en savoir bien trop. Aurora doit alors avancer entre ce qu’elle voudrait croire et ce qu’elle peut réellement établir.

Pendant ce temps, Daníel s’inquiète pour sa locataire et amie, la drag queen Lady Gúgúlú, partie en ne laissant qu’un mot. Très vite, les hommes qui la recherchent et la violence dont ils font preuve lui montrent que ce départ n’a rien d’un choix.

J’ai beaucoup aimé la place donnée à Lady Gúgúlú. Derrière le personnage flamboyant se cache un parcours inattendu, et voir cohabiter paillettes, science et danger est l’une des belles audaces du livre. Sa fuite, racontée de l’intérieur, apporte une tension supplémentaire au récit et permet aussi d’en apprendre davantage sur ce personnage que j’aime particulièrement.

Les points de vue alternent et les différentes intrigues finissent par se rejoindre, tandis qu’Aurora remonte une piste financière qui la mène bien au-delà de ses deux affaires. Lilja Sigurðardóttir mêle polar, espionnage et une touche de fiction spéculative. Je dois avouer que certaines scènes m’ont paru trop cinématographiques et que la réincarnation, en tant que sujet, me laisse sceptique. Mais les nombreux rebondissements et le rythme m’ont emportée malgré ces réserves.

Et puis il y a l’Islande, brute et minérale, qui accompagne parfaitement cette histoire. La lave du titre pourrait symboliser ce deuil qui brûle encore sous une apparente immobilité.

Un tome que j’ai trouvé particulièrement prenant, qui répond à beaucoup de questions tout en gardant une porte entrouverte. J’ai pris plaisir à retrouver Aurora et Daníel et à voir leur relation évoluer au fil de cette nouvelle enquête. À lire dans l’ordre pour mesurer pleinement le chemin parcouru.

 

Citation : 

 

 

quote left

Il la déposa dans le trou et la recouvrit de terre à mains nues. Le cheval semblait le regarder d'un air interroga-teur, peut-être même un peu méprisant. Pas étonnant. Comment l'animal était-il censé comprendre ce que fai-sait cet homme, ce bourreau qui l'avait entraîné dans un périple épuisant, à genoux au bord d'un chemin, les mains dans la terre? Róbert se releva avant de se pen-cher à nouveau pour effacer ses traces du mieux qu'il pouvait. Puis il ne put s'empêcher d'endosser un ins-tant le costume de Lady Gúgúlú et de faire un signe de croix. "Repose en paix, darling", dit-il au-dessus de cette petite tombe, avant d'adresser un clin d'œil au cheval qui poussa un soupir las.

___________________________________________________________________

 

La femme rit à nouveau, d'un rire nerveux qui sonnait faux. Comme si elle était stressée.
Notre petite fille... euh... dit qu'elle s'appelle Ísafold. Et qu'elle est votre sœur.
Aurora fit une embardée et se gara sur le bas-côté. Ísafold, oui... c'est bien ma sœur... ou plutôt c'était... balbutia-t-elle.
Son cœur avait manqué un battement lorsque la femme avait prononcé le prénom de sa sœur. Peut-être s'agissait-il d'un nouveau témoin. Qui lui apprendrait quelque chose.
Vous avez des informations à son sujet ? demanda-t-elle.
Non, pas exactement. Enfin, si, d'une certaine manière. Il se trouve que ma fille de trois ans affirme être... euh... je ne sais pas comment dire... la réincarnation de votre sœur Ísafold.

 

 

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29 septembre 2026

La lumière qui nous reste

Je remercie les Editions Sonatine pour ce partenariat.

 

Cindy Colin-Kapen (Traduction)

 

  Chris Whitaker

 

Biographie de l'auteur
 
 

 

Chris Whitaker est né à Londres. Son premier roman, Tall Oaks, paraît en 2016, reçoit les louanges de la critique et se voit couronné du CWA John Creasey New Blood Dagger. Avec All the Wicked Girls (2017), son deuxième roman, Chris Whitaker explore les thèmes de la disparition, de la jeunesse et des regrets au sein d'une Amérique dépeinte de manière magistrale. Avec Duchess, il achève de convaincre ses pairs et les critiques littéraires, qui ont salué la beauté de son récit, devenu un best-seller en Angleterre, en Allemagne et aux États-Unis. Chris Whitaker vit aujourd'hui dans le Hertfordshire avec sa femme et ses trois enfants.

 

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur
 
 

" Je comprends la nécessité du bien et du mal, mais c'est dans cette zone grise infinie entre les deux que vous nous trouverez. "

Depuis que cinq jeunes filles ont été enlevées, la peur et la paranoïa règnent à Grace, petite ville de l'Alabama. On défend aux enfants d'approcher la forêt alentour. On parle d'un tueur. On prie. Une nuit de printemps, Summer Ryan, quinze ans, disparaît à son tour. Élève modèle, aimée de tous, elle est un véritable rayon de lumière dans la ville – contrairement à sa soeur jumelle, Raine, rebelle, indomptable, toujours prête à braver les interdits. Cette fois pourtant, un détail change tout : à la différence des autres victimes, Summer a laissé un mot derrière elle. Décidée à retrouver sa soeur coûte que coûte, Raine entraîne avec elle deux garçons livrés à eux-mêmes, Noah et Purv. Aux prises avec les secrets les mieux gardés de Grace, ceux-ci vont retracer les derniers gestes des adolescentes disparues et fouiller, pas à pas, la vie apparemment sans histoire de Summer, qui va s'avérer plus tumultueuse qu'ils ne l'imaginaient.

Roman de l'obsession, de l'adolescence et de l'amitié, dans la lignée de Toutes les nuances de la nuit, ce récit à la fois noir et lumineux ne cesse de surprendre. Porté par des personnages d'une profonde humanité, il captive autant qu'il bouleverse. La Lumière qui nous reste confirme tout le talent de Chris Whitaker.

 
 

 

 

 

 

Ma chronique :

 

Au début, je dois l’avouer, j’ai eu du mal à entrer dans ce roman. Le nombre important de personnages m’ont souvent fait perdre le fil. J’étais même à deux doigts de devoir prendre des notes pour m’y retrouver !

Puis je me suis accrochée. Et finalement, j’ai bien fait.

Grace, petite ville d'Alabama, vit sous un ciel menaçant : un orage approche, au sens propre comme au figuré, tandis que des jeunes filles ont disparu. Toutes étaient sages, jolies et assidues à l'église. Quand Summer, quinze ans, violoncelliste envoûtante et proche du jeune pasteur, s'évanouit à son tour, le shérif y voit une fugue. Sa sœur jumelle Raine, rebelle et en difficulté partout, refuse d'y croire. Elle mène l'enquête avec Noah, apprenti shérif aux reins fragiles, et Purv, régulièrement roué de coups par son père. Ce trio de laissés-pour-compte, que j'ai trouvé attachant, apporte une bouffée d'air à cette histoire sombre.

Mais ce qui m’a le plus intéressée n’est finalement pas l’enquête. Chris Whitaker dresse surtout le portrait d’une communauté meurtrie, où chacun semble porter ses propres blessures et dissimuler quelque chose. Les apparences sont trompeuses, y compris celles de Summer, dont le récit dévoile peu à peu une personnalité bien plus complexe que l’image de jeune fille modèle que les habitants ont d’elle.

J’ai parfois trouvé les références à Dieu, au diable et à l’Église trop présentes, et certaines leçons morales un peu appuyées. C'est la ville que j'ai aimé explorer : prédicateurs de l'enfer, habitants usés par le déclin économique, l'alcool et la drogue, vies écrasées par le chagrin, la culpabilité et les secrets. On sent l'espoir manquer à Grace, incapable d'offrir un avenir à ses jeunes. Summer elle-même n'est pas celle que l'on croit. J'ai souvent cru deviner où l'on m'emmenait, pour mieux me tromper.

Une lecture exigeante, parfois déstabilisante, mais profondément humaine.

 

 

Citations : 

 

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C'est un drôle d'endroit quand même,.Grace. Les gens vont à l'église tous les dimanches, alors qu'ils puent l'alcool et les péchés du week-end. Ils prient pour leur pardon, et puis ils recommencent, encore et encore.

 

_____________________________

 

Il y a des moments si purs et si parfaits que c'en est presque douloureux. Un lever de soleil, peut-être, tellement intense que la frontière entre nous et les cieux n'est plus qu'un long trait de couleurs à l'horizon.

 

 

 

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28 septembre 2026

Un cancre au Paradis

Je remercie les Editions Albin Michel pour cette nouvelle lecture. 

 

 Photo : Alain Lafon

 

Francis Huster 

  

Biographie de l'auteur
 
Acteur, metteur en scène, réalisateur, scénariste, Francis Huster est un des acteurs français les plus doués de sa génération. Il a joué Sacha Guitry à maintes reprises. Auteur de nombreux livres sur le métier d'acteur et le théâtre, il a notamment publié Mes levers de rideau, Sacha le magnifique et un Dictionnaire amoureux de Molière.
 

 

Présentation de l'éditeur
 

 

Le 27 juillet 1957, jour des obsèques de Sacha Guity, tandis que celui-ci repose dans son cercueil, « en smoking et les mains croisées sur la poitrine », son double, le Cancre, prend sa place et monte sur scène.

Il se lance alors dans un plaidoyer, évoquant non les péchés capitaux du Maître mais ses « prêcheurs capitaux » que furent, par ordre d'entrée en scène : son père, Lucien Guitry, ses cinq épouses, Arletty, « sa lumière du coeur », le cinématographe enfin, dont le Maître affirmait qu'il était avant tout du théâtre.

Dans ce texte savoureux, drôle, profond, ode mer-veilleuse au théâtre, Francis Huster, l'un des plus grands acteurs de sa génération, nous fait découvrir un Sacha Guitry intime et inattendu, qu'il joua à maintes reprises.

 

 

 Ma chronique : 

 

Un enterrement, celui de Sacha Guitry, le 27 juillet 1957. Le défunt est en habit de soirée, immobile, prêt pour le dernier acte. Mais un autre Guitry, facétieux et bavard, ne l’entend pas ainsi : il quitte le cercueil pour rejoindre les planches. C’est le Cancre, l’élève rebelle qu’il est resté toute sa vie.

À la barre, il ne juge pas les fautes du grand homme. Il désigne ceux qui l’ont prêché, sermonné, inspiré. D’abord son père, Lucien Guitry, comédien majestueux dont il n’a jamais cessé de chercher le regard. Ensuite cinq épouses, tour à tour muses et tempêtes. Puis Arletty, qualifiée de « lumière du cœur ». Enfin le cinéma, ce théâtre par d’autres moyens.

Huster déroule ainsi les grandes étapes d’une vie hors du commun, sans oublier la guerre et l’Occupation, ni ce qui a nourri l’œuvre, de la scène à l’écran. J’ai aimé cette façon de faire revivre l’homme derrière l’auteur, avec ses passions et ses contradictions.

Ce qui m’a surtout plu, c’est la voix. Celui qui a souvent incarné Guitry ne se contente pas de l’évoquer : il écrit à sa manière, avec ses pirouettes et son goût du mot juste. Le rire cède parfois la place à la gravité. On imagine le comédien sur scène, faisant surgir personnages et souvenirs. Cette histoire se prolonge d’ailleurs au théâtre, avec une violoncelliste pour l’accompagner.

Derrière l’hommage, il y a aussi un combat : celui d’un acteur qui estime son modèle injustement traité par une partie de la critique. Avec l’entrée de l’œuvre dans le domaine public en 2027, il lance un appel aux jeunes générations : qu’elles osent monter Guitry autrement, le réinventer, lui donner une nouvelle vie.

Une centaine de pages chez Albin Michel, et le sentiment d’avoir passé une soirée en excellente compagnie. Je referme ce livre avec l’envie de rouvrir les pièces du maître et de les redécouvrir, cette fois sans révérence.

 

 Citations :  

 

Lucien Guitry

Père n'avait que des défauts, dont le principal était d'ignorer quel était le pire.

Il fuyait sans cesse ce qu'il était en se réfugiant dans la peau du rôle.

Il ne cherchait pas à plaire, c'eût été se complaire, mais à cesser de se déplaire, sachant ce dont il était capable avec les femmes.

Quand cessait-il de jouer la comédie?

Comme de se jouer de tous ses partenaires?

Comme de se la jouer à lui-même?

Jamais.

Si ce n'était dans ses silences.

Dans ce cas, il ne nous écoutait pas.

Il écoutait ce qu'il en pensait.

 


Arletty, actrice gouailleuse si séduisante: humour claquant, si insolent, dans sa voix qui nous perçait de flèches de joie.
Quel désir de lui plaire en tournant Désiré, bien à propos...
Elle rimait la vie.
Vienne le lit sonne l'heure.
Elle rigolait quand d'autres pleurent.
Bien qu'elle eût du chien, elle se faisait chatte entre mes bras, entre mes draps: elle jouait aux Osselets avec les mots.
Nous ne nous quittâmes jamais, nous nous éloignâmes seulement.

Albin michel

25 septembre 2026

La Femme effacée

Je remercie les Editions Albin Michel pour cette nouvelle lecture. 

 

 

 

Sidonie Bonnec

 

Biographie de l'autrice  
 
 
Sidonie Bonnec est née en 1977 à Reims. Elle est journaliste, animatrice de radio et de télévision. Elle a incarné plusieurs documentaires d'immersion (Dans un monde à part, La vie la nuit), a présenté Enquêtes criminelles de 2008 à 2015 sur W9 et a animé La Curiosité est un Vilain défaut sur RTL pendant 7 ans. Depuis 2017, elle co-anime sur France 2 le divertissement culturel et quotidien : Tout le monde à son mot à dire.La fille au pair est son premier roman.
 
 

 

Présentation de l'éditeur
 
 

Sidonie Bonnec signe le thriller psychologique le plus glaçant de la rentrée. Grazia

La journaliste et animatrice, qui nous avait déjà séduits avec La Fille au pair, confirme avec cette Femme effacée. On en redemande. Paris Normandie

 

Après le succès de La Fille au pair, Sidonie Bonnec confirme son talent et signe un thriller psychologique implacable.

Candice suffoque dans un Paris submergé par une pluie incessante qui l'oblige à rester enfermée chez elle. Sa fille de cinq ans se réveille chaque nuit en hurlant. Un cri rauque et douloureux dont aucun médecin ne parvient à expliquer la raison. Et puis, cette sensation d'être épiée dans ses moindres gestes...

Quand elle découvre une étrange inscription gravée sur le mur de sa cave, elle y voit l'empreinte d'un lointain passé qui n'a pas tout dit. En cherchant à percer son origine, Candice bascule dans une histoire terrifiante : celle d'une femme qu'on a voulu effacer.

 

 

 

 Ma chronique : 

 

 

Candice n'en peut plus, épuisée par les nuits sans sommeil, elle voit sa fille de cinq ans, Alma, se réveiller en hurlant, sans qu'aucun médecin ne parvienne à expliquer pourquoi. Dans leur appartement du quartier des Halles, tout semble ordinaire, et pourtant l'angoisse monte, insidieuse. Le basculement survient dans la cave de l'immeuble, où une inondation met au jour un mur ancien portant une inscription en français du XVe siècle, tracée par une femme.

Ce qui frappe d'abord, c'est la construction de ce thriller domestique extrêmement prenant. Les chapitres, très courts (une à trois pages), imposent un rythme haletant : même avec cinq minutes devant soi, difficile de ne pas enchaîner « encore un chapitre ». Ce format permet aussi à l'autrice de soigner certaines ambiances et descriptions sans jamais alourdir la lecture.

L'intrigue s'installe progressivement dans une tension de plus en plus inquiétante. On suit Candice, enfermée dans une vie qu'elle ne nomme pas, mais que l'autrice fait deviner par petites touches : la fatigue, la sensation d'être épiée, les silences de Gauthier, son mari, héritier d'une famille influente. À la tension psychologique s'ajoute une dimension historique basée sur des faits réels, autour de l'église et du cimetière des Innocents. Généalogie, héritage, vengeance : le roman explore ce que les lignées transmettent sans le dire, et comment certaines femmes ont été effacées. C'est à la fois un thriller et une réflexion sur ce que les femmes transmettent, ou taisent, de génération en génération, et j'ai souvent eu du mal à savoir où s'arrêtait l'Histoire et où commençait la fiction.

Pour autant, je suis restée un peu à distance des personnages, et quelques questions restent sans réponse à la fin. Rien de rédhibitoire, mais j'aurais aimé quelques éclaircissements supplémentaires.

Reste une lecture très rythmée, sombre et surprenante, qui mêle secrets familiaux, manipulation et histoire de Paris inspirée de faits réels. Une belle découverte, même si elle ne sera pas tout à fait un coup de cœur.

 

 Citations :  

 

quote leftJe suis fascinée. Terrifiée. Mon cœur bat trop vite.
Mon père s'approche de moi et se penche.
Ma main tremble. Je l'ouvre.
Une odeur me frappe, cire fondue, poussière de pierre, lait qui a tourné, quelque chose d'âcre mais qui a été doux, humain.
Les pages sont épaisses, jaunies, irrégulières.
Des initiales enluminées roses, vertes et dorées ornent les premières pages, si fines, si belles.
Des marges fleuries, des oiseaux, des roseaux, des anges aux visages calmes.
Tout est si délicat.


... à quel point il est difficile et magnifique d'être une femme, à quel point il est aisé de nous soumettre et de revenir sur nos droits, à quel point il faut se battre pour conserver toutes les libertés si ardemment acquises. À quel point il faut parler et écrire haut et fort.

Albin michel

 

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23 septembre 2026

Le 4ème péché

Je remercie les Editions Récamier pour cette lecture.

 

 

 

 

Valérie Fayolle
 
 
 
Biographie de l'auteure

 

Valérie Fayolle est l'autrice de La Robe du jaguar (Récamier, 2024), de KM 930 (Pocket, 2023) et d'une pièce de théâtre, Le Comble de la vanité. Elle est l'animatrice et la rédactrice en chef du " Paris des Arts ", l'émission culturelle de France24.
 

 

 

 

Présentation de l'éditeur

 

 

Une liaison dangereuse.
Des mensonges en cascade.
Et cette sensation qu'un drame est déjà en marche...

Elle et lui pensaient contrôler leur désir.
Mais ce désir cache un poison corrosif : le quatrième péché, l'envie. Elle ronge, attise, dévore tout : les certitudes, les loyautés, les familles, des vies entières.
Dans l'ombre d'une grande famille du Nord, chacun joue un rôle. Certains séduisent. D'autres manipulent. Tous dissimulent quelque chose.
Et lorsque les secrets commencent à se fissurer, la vérité devient plus destructrice que le scandale.

 

 

 

 

 

Ma chronique :

 

 

Dès les premières pages, Valérie Fayolle installe une atmosphère étrange, presque étouffante, qui m'a donné envie de tourner les pages sans attendre. Quelque chose se prépare, mais quoi ? Quels secrets se cachent derrière les apparences ?

Au cœur du roman, nous suivons Max, élevé seul par sa mère Babeth. Après avoir travaillé à l'usine, celle-ci devient gouvernante chez les Delcroix et emmène régulièrement son fils avec elle. Max découvre alors un univers qui n'est pas le sien, celui de la grande bourgeoisie, et se rapproche de Charles, le fils de la famille. Entre les deux garçons, une amitié faite de complicité, de rivalité et de différences sociales va peu à peu laisser des traces. Max, touchant et déterminé, grandit avec une idée en tête : échapper à sa condition et trouver sa place parmi ceux qui possèdent tout. Je me suis attachée à ce gamin plus que je ne l'aurais cru.

En parallèle, des chapitres courts nous plongent dans les rendez-vous clandestins d'un homme et d'une femme mariés chacun de leur côté. On ignore tout d'eux, mais cette ambiance trouble installe un vrai suspense.

Plutôt qu'un thriller psychologique, j'ai découvert un roman réaliste, marqué par un drame familial. Pas de déception pour autant, bien au contraire ! J'ai beaucoup aimé la manière dont l'autrice parle des différences sociales, avec ces deux univers qui se font face : les cités populaires d'un côté, les grandes maisons bourgeoises de l'autre.

Les personnages sont d'une justesse folle : Babeth, discrète mais essentielle, Colombe et sa cruauté polie, Charles qui n'assume jamais vraiment son amitié avec le fils de la gouvernante. La plume est subtile, sensuelle, et le rythme ne faiblit jamais. Le suspense monte crescendo jusqu'aux dernières pages, même si la conclusion m'a laissée un peu partagée.

Une lecture prenante, parfois dérangeante, et une belle découverte de ce troisième roman de Valérie Fayolle.


 

 

 

Citations :

 

 

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À dix ans déjà, il sait reconnaître les contours de l’angoisse, cette vague qui enfle dans le ventre sans s’annoncer et déferle jusqu’à l’empêcher de respirer. Cela fait quelques mois qu’il est tourmenté par le même cauchemar : Jack, le héros du conte de Joseph Jacobs, un petit garçon pauvre qui vit seul avec sa mère, comme lui, l’invite à grimper tout en haut du haricot magique et lui propose de faire la course en glissant le long d’une grosse racine pour regagner le sol. Le premier arrivé a gagné !
Max se place à califourchon sur la racine comme il le ferait sur une rampe d’escalier, déterminé à l’emporter. Il s’élance avec panache, mais la vitesse, d’abord grisante, devient incontrôlable. Il prend une allure folle, ne parvient plus à voir le sol qui s’est dérobé. Il tombe dans le vide et se réveille en sursaut, le cœur battant à tout rompre.
Depuis qu’il est en proie à ce mauvais rêve, parfois, l’anxiété l’assaille en journée.


Cette femme est tout entière dans sa main.
Ce qu’il tient, ce n’est pas sa chair mais la possibilité de décider. De reprendre le contrôle.
Des semaines qu’il erre dans les limbes, qu’il subit en serrant les poings, qu’il se bat contre la détestation, contre lui-même.
Et soudain, ce sexe palpitant lui donne la possibilité de choisir.
Plonger ou renoncer.

 

 
22 septembre 2026

Prise pour cible

Je  remercie les Editions Nisha et Caetera collection Héroïne

Produit offert pour collaboration commerciale non rémunérée.

 

Jeanne Heneug (Traduction)

 

 

 

 

Patricia Gibney

 

 

Biographie de l'auteure
 
 
 

Patricia Gibney vit en Irlande. Passionnée de romans policiers, elle s'est naturellement tournée vers ce genre littéraire.

Prise pour cible est un véritable succès au Royaume-Uni, aux États-Unis, au Canada et en Australie.

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur
 
 

À Ragmullin, le corps ensanglanté d’une jeune femme est retrouvé au fond d’une tombe ouverte lors d’obsèques.
L’inspectrice Lottie Parker est chargée de l’enquête.

Peu de temps après, deux autres femmes disparaissent dans des circonstances troublantes. La peur s’installe dans ce village aux apparences tranquilles : est-ce qu’un tueur en série rode aux abords de Ragmullin ? Ces disparitions présentent d’étranges similitudes avec une affaire non résolue vieille de dix ans. Une course contre la montre débute pour Lottie Parker.

Le tueur est plus proche d’elle qu’elle ne le pense... Est-elle sa prochaine victime ?

 

 

 

 

 

 

 

Ma chronique :

 

Ragmullin n'en finit pas de collectionner les drames. Dans ce quatrième volet consacré à l'inspectrice Lottie Parker, Patricia Gibney plonge une nouvelle fois son lecteur dans une atmosphère poisseuse et anxiogène. À la gare, des jeunes femmes s'évanouissent purement et simplement dans la nature ; au cimetière, une tombe fraîchement ouverte livre un corps. Très vite, Lottie et son équipe flairent l'écho d'une disparition vieille de dix ans, jamais élucidée, et l'ombre d'un tueur en série vient épaissir le mystère. Ajoutez à cela des cris déchirants qui percent la nuit, comme surgis d'une légende de banshee, et vous obtenez un cocktail troublant qui m'a captivée dès les premières pages.

Ce tome se distingue par un rééquilibrage : l'enquête prend le pas sur la vie privée de l'héroïne. Les enfants de Lottie sont plus en retrait, tandis que Boyd et sa relation avec sa sœur gagnent en importance. La violence, plus discrète que dans les tomes précédents, reste malgré tout présente par moments, et j'ai trouvé ce dosage plutôt bien maîtrisé.

Lottie reste le cœur battant de cette série : imparfaite, autodestructrice, attachante malgré (ou grâce à) son chaos intérieur. Sa relation ambiguë avec Boyd continue d'alimenter la tension du récit, et l'arrivée d'un supérieur hostile, en remplacement de son patron habituel en arrêt maladie, complique encore son quotidien professionnel.

Si l'intrigue policière s'avère un peu moins haletante que dans certains tomes précédents, l'ensemble reste solide et bien mené, portée aussi par des personnages secondaires auxquels je me suis attachée . Le dénouement, riche en implications pour la suite, referme ce chapitre tout en ouvrant de nouvelles pistes prometteuses.

Un roman efficace, qui confirme mon plaisir à suivre cette série et donne surtout très envie de retrouver Lottie et Boyd pour la suite de leurs aventures mouvementées.

 

 

 

Citations : 

 

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Ce soir, il la reverrait. Le train tanguait et haletait, accélérait puis ralentissait à l'approche de la gare Connolly de Dublin. Une atmos-phère d'anticipation s'installa dans le souffle chaud des passagers alors qu'ils se préparaient à débarquer. Il allait passer une longue journée à penser à elle, à l'attendre. Mais cela en valait la peine. À 18h30 ce soir, elle serait sienne.


Pouvons-nous jeter un œil? demanda-t-elle à Fahy.

Il n'y a rien là-dessous, répondit-il.

Lottie se tourna vers la femme en sanglots.

Qu'avez-vous vu exactement ?

- Je n'en suis pas tout à fait sûre. Peut-être l'ai-je imaginé, mais lorsque nous avons tiré sur la corde et que le cercueil s'est légèrement soulevé, j'ai cru voir quelque chose qui ressemblait à de la peau dépasser de la terre au fond de la tombe. De la chair humaine. Mon Dieu! Serait-ce mon grand-père? Elle secoua la tête avec force. Mais il est mort depuis quinze ans!

 

 

22 septembre 2026

Haemi

 Je remercie les Editions Père Fouettard  pour ce nouvel album.

 

Nathalie Biston

Petite, Nathalie Biston voulait être sorcière biologiste naturaliste. Finalement, c’est son amour pour l’étude du mouvement et du dessin qui l’a entraînée vers le cinéma d’animation. Aujourd’hui, elle écrit des histoires quand les mots viennent visiter ses rêves.

Joséphine Forme

En grande rêveuse, l’univers artistique de Joséphine Forme tourne autour de la nature et du monde des songes. Attirée par la douceur et le bleu, elle travaille principalement au crayon de couleur ou au pastel gras.

 

Présentation de l'éditeur :

Min-Jee, jeune plongeuse, pensait connaître la mer par cœur. Jusqu’au jour où elle découvre un œuf mystérieux et voit naître une créature marine extraordinaire.
Très vite se tisse un lien unique, magique, presque inquiétant. Il redéfinit les frontières du réel et vient secouer les certitudes les plus prof
ondes de la jeune fille.
La mer se révèle alors plus mystérieuse que jamais, parfois dangereuse. Mais au cœur des vagues, Min-Jee trouve en elle une détermination farouche : elle ira aussi loin qu’il le faudra pour son amie.

 

 

 

Ma chronique

 

Min-Jee a onze ans. Elle passe ses vacances chez ses grands-parents, près d'une mer qu'elle croit connaître par cœur. Son grand-père pêche, silencieux ; sa grand-mère, ancienne plongeuse devenue presque sourde, regarde sa petite-fille grandir sans trop la couver. On est loin de l'école, des parents, des devoirs, et on ne s'en plaint pas.

Tout bascule le jour où, en apnée, elle découvre au fond de l'eau un œuf immense et translucide. De sa naissance surgit une créature aussi fascinante qu'inquiétante, à laquelle Nathalie Biston donne un nom d'une justesse rare : Haemi, qui signifie en coréen « beauté de la mer », et dont la sonorité évoque irrésistiblement le verbe aimer. Cette proximité n'est pas un hasard : c'est tout le roman qui se love dans cet entre-deux, entre attachement et vertige.

L'autrice, ancienne plongeuse elle-même et inspirée par les haenyeo coréennes, insuffle à son texte une sensation d'immersion presque physique. Le lien qui se noue entre Min-Jee et la créature déborde vite le simple émerveillement pour devenir une amitié exigeante, traversée de jeux, de découvertes et de dangers bien réels.

Portée par les illustrations de Joséphine Forme, dont la douceur accompagne parfaitement la musicalité du texte, cette histoire se lit comme un conte moderne, à mi-chemin entre onirisme et transmission intergénérationnelle. On referme le livre avec l'impression discrète d'avoir assisté à quelque chose d'assez rare : une histoire de transmission qui ne cherche à démontrer que ce soit, et qui n'en dit que davantage.

Un texte à savourer à voix haute, tant sa langue semble faite pour être dite autant que lue et qui touchera, au fond, bien plus large que le seul lectorat auquel on pourrait le destiner.

 
20 septembre 2026

La mort qui tue tout bas

Je remercie  Fleuve Editions

 pour  l'envoi de ce nouveau titre. 

 

 

Jacques Saussey

 

Biographie de l'auteur

 

 

Jacques Saussey est un auteur incontournable dans le milieu du polar français. Pour son arrivée au Fleuve, il signe un thriller ambitieux entre le paradis et l'enfer.

 

 

Présentation de l'éditeur

 

 

Embarquement immédiat pour la Guyane !

À quelques jours d'intervalle, à Lyon puis en Savoie, deux hommes sont empoisonnés au curare. Maintenus en vie, ils sont ensuite plongés dans de l'eau glacée pour y subir une lente agonie. Seul point commun entre les victimes : la Guyane. L'un y a longtemps enseigné, l'autre y travaillait pour une compagnie minière russe.
Paul Kessler, ancien flic reconverti en détective privé, et Alice Pernelle, jeune lieutenant de gendarmerie, sont envoyés sur place. Là-bas, au-delà de l'océan, chacun découvrira à ses dépens une terre de violence où l'or attise toutes les convoitises, où la jungle dicte ses lois, et où certaines blessures ne guérissent jamais.

 

 

 

 

 

 

 

Ma chronique : 

 

 

Avec ce nouveau roman, Jacques Saussey signe un thriller d'une redoutable efficacité, qui m'a précipitée dans la moiteur suffocante de la Guyane. Tout commence par deux crimes d'une cruauté méthodique : à Lyon puis en Savoie, deux hommes sont retrouvés assassinés selon un même rituel funeste, paralysés au curare avant d'être immergés vivants dans une eau glaciale. Un oligarque russe lié à l'exploitation minière d'un côté, un enseignant retraité à l'existence discrète de l'autre : rien ne semble rapprocher ces deux victimes, sinon un territoire lointain où leurs chemins se sont autrefois croisés.

C'est là, en Guyane, que convergent deux enquêteurs que les habitués de l'auteur retrouveront avec bonheur : Paul Kessler, ancien policier lyonnais reconverti en détective, et Alice Pernelle, jeune lieutenante de gendarmerie. Chacun mène son investigation séparément, au fil de chapitres courts qui alternent leurs points de vue et instaurent un rythme haletant, presque addictif. J'ai aimé cette façon de nous faire avancer sans jamais tout dévoiler, en gardant toujours une longueur d'avance sur nos certitudes, jusqu'à un dénouement aussi surprenant que redoutable.

Au-delà de l'intrigue, c'est la Guyane elle-même qui donne au roman sa véritable épaisseur. L'auteur ne se contente pas d'un simple décor exotique : il livre un portrait documenté et sans complaisance de la Guyane, entre orpaillage clandestin, trafics, corruption et violences faites aux populations amérindiennes. Cette matière sociale, loin d'alourdir l'intrigue, lui confère une densité et une gravité supplémentaires, transformant le thriller en un texte plus ample, presque politique. La faune et la flore locales, tour à tour fascinantes et inquiétantes, participent pleinement à cette atmosphère oppressante.

Noir, intense, parfois éprouvant, le roman n'oublie pourtant pas l'humain, incarné par quelques figures lumineuses au milieu de cette violence et de cette cupidité. Un gros coup de coeur pour cette plongée aussi fascinante qu'inquiétante, et cette enquête qui ne laisse que peu de répit.

 

Citations : 

 

quote leftPaul Kessler pénétra dans le bureau d’Erika Schaeffer, la cheffe de la Crim lyonnaise, en essayant d’oublier qu’il avait été le patron, ici, autrefois. Aujourd’hui, les visages qui s’étaient levés vers lui à son arrivée dans les locaux lui étaient totalement inconnus. Il élimina aussi de ses pensées tout souvenir parasite de la liaison qu’il avait entretenue avec elle, une quinzaine d’années plus tôt, et qui avait abouti à une séparation houleuse qu’elle avait mis une éternité à lui pardonner.


Dans la cabine, Akhremenko appuya sur le bouton du troisième et dernier étage et sifflota de contentement. La journée s’était déroulée sans accroc, ses affaires prenaient de l’ampleur et les bénéfices étaient devenus mirobolants en moins de deux ans. D’ici quelques mois, il aurait assez d’argent pour vivre mille ans sans avoir à faire quoi que ce soit.


Quand le dernier arbre aura été abattu,
Quand la dernière rivière aura été empoisonnée,
Quand le dernier poisson aura été pêché,
Alors on saura que l'argent ne se mange pas.

 

 

17 septembre 2026

Des femmes sans bouche

Je remercie Le site Babélio et sa #massecritique

ainsi que  les Editions Harper Collins  

pour cette nouvelle lecture.

 

 

 

 Maud Jan-Ailleret

 
Biographie de l'auteure
 
Maud Jan-Ailleret est romancière et scénariste. Son premier roman, Donne-moi des fils ou je meurs (Grasset, 2019), est en cours d'adaptation au cinéma.
 
 
 
 
Présentation de l'éditeur

 

« Je hoche la tête sans répondre. Ce n'est pas l'avion qui me terrifie. C'est cette transmission silencieuse, de mère en fille, cette peur de déranger, de faire des vagues, inscrite profondément dans mon caryotype. Le chromosome du silence forcé. »

 

À quarante-deux ans, Camille pense avoir verrouillé sa vie comme elle soigne ses patientes : avec précision et détachement. Gynécologue obstétricienne dévouée, elle aide les autres femmes à donner la vie tout en gardant la sienne à distance raisonnable du chaos. Mais lorsque Henri, las d'attendre un engagement qui ne vient pas, la quitte brutalement, sa carapace se fissure. Pourquoi l'idée de devenir mère la paralyse-t-elle autant ?

Camille se lance alors dans une quête vertigineuse : démêler les secrets et les traumatismes qui se transmettent de mère en fille dans sa famille. De Belle-Île-en-Mer aux rives du Mékong, en passant par les heures sombres de la Seconde Guerre mondiale, Camille tisse un fil qui la mènera bien plus loin qu'elle ne l'imaginait.

Des femmes sans bouche est une fresque familiale bouleversante sur la transmission et la résilience, qui nous rappelle que, pour avancer, il faut parfois oser regarder en arrière et, surtout, se parler.

 


 
Ma chronique : 

 

Je referme ce livre avec l'impression d'avoir vécu trois vies de femmes en même temps, et d'en ressortir un peu chamboulée.

Camille, l'héroïne est dans la quarantaine et exerce un métier qu'elle aime profondément : gynécologue-obstétricienne, elle passe ses journées à accompagner d'autres femmes vers la maternité, sans avoir jamais réellement tranché la question pour elle-même. Une fracture de la cheville, la veille d'un départ pour Compostelle, va tout enrayer. Son compagnon part sans elle, à bout de patience face à ce qu'il perçoit comme un refus permanent de s'engager. Seule et immobilisée, Camille n'a plus d'échappatoire.

C'est là que le roman prend toute sa force : Camille cesse de soigner les autres pour enfin s'occuper d'elle-même. Sa quête la mène vers sa mère, puis sa grand-mère, et dessine peu à peu une cartographie familiale faite de silences, de non-dits et de blessures transmises sans jamais être nommées. Ce n'est pas seulement l'histoire de Camille qu'on lit, mais celle de trois femmes différentes, chacune prisonnière à sa façon des secrets de celle qui l'a précédée.

Ce qui m'a le plus touchée, c'est la façon dont le texte reste tout du long ancré dans la tête de Camille : on suit sa progression presque en temps réel, ses doutes, ses petites avancées, ses résistances. L'écriture, simple et efficace, rend cette immersion facile, et les pages se tournent vite malgré la densité du sujet.

Je nuancerai sur deux points. D'abord, la voix des carnets de la grand-mère m'a semblé parfois trop assurée pour une adolescente de quinze ans, même si le contexte historique peut l'expliquer. Ensuite, le traitement de la maternité m'a laissée un peu perplexe : le désir d'enfant de Camille semble n'émerger qu'une fois ses blessures dépassées, comme si guérir menait forcément à ce choix-là.

Cela reste un très beau roman sur l'héritage, la transmission et ce que le silence peut faire à plusieurs générations de femmes. Une lecture sensible qui rappelle combien les silences peuvent traverser les générations, mais aussi combien il est possible, un jour, de leur donner une voix.

 

 

 

Citations: 
 
 
 

quote left

On meurt en laissant des silences monstrueux ou des paquets de noeuds que d'autres vont devoir défaire, même des générations plus tard. N'importe quel tout-petit qui vient de naitre est déjà vieux de milliards d'années.


Si la vérité ne lui est pas dite, un enfant a souvent l'intuition de son histoire. 

 

 

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