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Sur l’île de Muckle Flugga, le point habité le plus septentrional du Royaume-Uni, se dresse le Phare de l’Impossible, un des fameux phares Stevenson. Un père et son fils le gèrent ensemble, accueillant parfois des pensionnaires, ornithologues pour la plupart. Lorsqu’un des locataires – Firth, un écrivain perdu – arrive d’Édimbourg, les limites du monde auquel le gardien et son fils, Ouse, s’accrochent commencent à s’effriter. Un bras de fer s’engage entre Firth et le gardien de phare pour gagner l’affection d’Ouse – et son avenir. Alors que les anciens et les nouveaux modes de vie se heurtent, et que l’heure des grandes décisions approche, que laisseront les marées dans leur sillage ?
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A l'extrême nord des Shetland, là où les légendes se nourrissent des récits de géants rivaux séduits par une sirène, Michael Pedersen installe Le phare de l’impossible dans un décor aussi hostile que fascinant. Muckle Flugga, île la plus septentrionale du Royaume-Uni, devient le théâtre d’un huis clos rugueux, battu par les vents, où la mer semble dialoguer avec les âmes. J’ai été immédiatement séduite par cette atmosphère sauvage, presque irréelle.
Au tournant du XXe siècle... , et la figure de Robert Louis Stevenson traverse le roman apporte une touche de merveilleux qui renforce la dimension contemplative du récit. Sur cette île isolée vivent un père prisonnier d'un deuil qu'il ne parvient pas à dépasser, figure autoritaire et brisée, et son fils Ouse, jeune esprit créatif qui trouve refuge dans la lecture, le tricot et d’étranges conversations avec le fantôme de Stevenson. L’arrivée de Firth, ornithologue et poète désabusé, vient fissurer cet équilibre fragile. Voyant en Ouse un talent à révéler, il s’engage dans une lutte silencieuse contre le père, pour offrir à l’enfant une autre destinée.
Si la psychologie des personnages peut parfois sembler appuyée, la véritable force du roman réside dans son atmosphère. L'île finit par s'imposer comme la véritable force du récit : une terre rude, imprégnée de traditions, de whisky et de solitude, où les éléments semblent épouser les émotions des personnages. J’ai particulièrement apprécié cette lenteur exigeante, qui invite à habiter les silences autant que les événements.
Au cœur de ce texte, c’est l’émancipation qui se joue. Ouse, progressivement, s’extrait de l’ombre paternelle pour envisager un ailleurs, incarné par Édimbourg. Entre poésie, dureté et éclats d’espérance, Pedersen livre un roman contemplatif sur la création, la transmission et le courage de choisir sa propre voie. Une lecture âpre mais profondément lumineuse.
Tôt un autre matin, le plus tôt que Firth se soit levé, il repère Ouse à quatre pattes, en train d'admirer une goutte de pluie suspendue à un ajonc. Dès qu'il s'est éloigné, Firth s'empresse de prendre sa place, pour avoir un aperçu de cette perle qui l'a subjugué à ce point. Il découvre l'île entière, le ciel et le soleil plus haut, reflétés à l'intérieur ; un minuscule paysage féérique, compacte dans une boule à neige naturelle. Contempler cet univers en miniature est une expérience mystique. Ouse lui-même est mystique, conclut Firth, puis il fait tomber la goutte de pluie d'une pichenette, pour prouver que ce n'est pas une illusion. Il se sent aussitôt affreusement mal, telle la divinité qui a accidentellement inventé l'enfer, après une querelle avec un ange qui avait repoussé ses avances.
C'est une chose étrange que de se trouver sur une île déserte, surtout cette Out Stack ; une sensation comme Firth n'en a jamais éprouvé. Les voilà uniques passagers sur cet affleurement antédiluvien, le dernier débarcadère de l'Écosse avant l'Arctique. Ce lieu n'a cependant rien d'un refuge ; il repousse les visiteurs - gardé par des rochers qui rodent sous la surface, prêts à frapper, une expérience tectonique qui a mal tourné. Le voyageur intrépide qui parvient à traverser ces mâchoires agressives n'est récompensé que par une arrivée sur un terrain trompeur. La roche est noircie et d'une froide humidité, vieille et fâchée de l'être. Sa boue se fait bourbier, ses crevasses fatales. Il n y a pas grand-chose qui puisse pousser là. Les vagues aussi protestent contre l'existence même de cet amas rocheux - elles s'acharnent, source d'un mal de crâne constant. Et il est impossible d'appeler à l'aide, de lancer un SOS - si la situation dégénère ici, il n'y a guère de remède.
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