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L'atelier de Litote

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9 octobre 2026

West

Je remercie les Editions de la Table ronde 

 Collection Quai voltaire pour cette nouvelle lecture.

    • Traduction (Anglais) : David Fauquemberg
  •  
  •  

 

Carys Davies

 

 

 

Un mot de l'autrice

 

Carys Davies a grandi au Pays de Galles puis dans les Midlands avant de partir aux États-Unis où elle a travaillé pendant douze ans.

Elle est l’auteure de trois romans dont le premier, West, a obtenu le Prix du livre de l’année au Pays de Galles. Publié en France en 2019 (Seuil), il avait reçu un excellent accueil dans la presse. Son deuxième roman, Le Voyage
de Hilary Byrd (Seuil, 2022), a été élu roman de l’année 2020 par le Sunday Times. Éclaircie a quant à lui été élu meilleur livre 2024 par de nombreux journaux et sélectionné pour de nombreux prix. Il sera traduit en huit langues. Ses nouvelles, récompensées elles aussi de nombreux prix, ont été diffusées sur BBC Radio 4 et publiées notamment dans Granta, The Dublin Review et The Stinging Fly. Elle vit aujourd’hui à Édimbourg.

 

 

 
 
Présentation de l'éditeur
 
 
 
 
Depuis la mort de sa femme, John Cyrus Bellman vit seul avec sa fille Bess dans leur ferme de Pennsylvanie. Résigné, il continue d’élever ses mules, n’attendant plus rien de l’existence. Jusqu’au jour où il apprend dans la gazette locale que de gigantesques ossements ont été déterrés dans le Kentucky.
Se pourrait-il que des créatures de cette taille vivent encore dans l’Ouest sauvage, au-delà du Mississippi ? Il doit en avoir le cœur net. Incapable d’expliquer la fièvre qui s’est emparée de lui, il confie Bess à sa sœur, rassemble le nécessaire à son voyage, prépare sa monture et, glissant la coupure de journal dans la poche de sa chemise, se met en route vers l’inconnu.

Premier roman de Carys Davies, West a obtenu le Prix du livre de l’année 2018 au pays de Galles.
 
 

 

 

 

 
Ma chronique : 
 

 

Depuis la mort d'Elsie, John Cyrus Bellman vit à moitié. Dans sa ferme de Pennsylvanie, entre ses mules et Bess, sa fille de dix ans, les jours se ressemblent, jusqu'à ce qu'un article de journal réveille en lui une obsession : des squelettes d'animaux gigantesques ont été découverts dans le Kentucky. Et si leurs semblables vivaient encore quelque part dans l'Ouest inexploré ? Il boucle ses bagages, confie Bess à sa sœur et s'en va. Je l'avoue, j'ai eu du mal à ne pas lui en vouloir dès cette première scène.

Accompagné d'un jeune Shawnee surnommé Vieille Femme de Loin, Bellman traverse des étendues immenses. Les semaines passent, les rencontres se succèdent, mais son objectif reste hors d'atteinte. On comprend vite qu'il ne court pas seulement après des animaux disparus. Il cherche aussi une raison de vivre, une façon de donner un nouveau sens à son existence. Ce personnage m'a agacée autant qu'il m'a attendrie, et c'est ce qui le rend si humain.

Pendant ce temps, Bess grandit à la ferme. Elle attend les lettres de son père et espère son retour, tandis que sa tante ne semble pas mesurer les dangers qui entourent la jeune fille. L'alternance entre le voyage de Bellman et l'attente de Bess installe une tension discrète, mais grandissante. J'ai tourné les pages avec inquiétude, redoutant les conséquences de cette absence.

Carys Davies signe un récit singulier, à la frontière du conte et du roman d'aventures. Son écriture sobre laisse respirer les paysages et fait ressentir la solitude d'un homme perdu dans l'immensité du continent.

Pourtant, je suis restée sur ma faim. Le rythme m'a parfois paru lent et je n'ai pas pardonné à Bellman son départ, même après avoir refermé le livre. Cette histoire m'a touchée par sa mélancolie et ses silences, sans parvenir à me convaincre totalement. Un roman bref et étrange, qui m'a séduite autant que déroutée et me laisse un sentiment de tristesse mêlé d'incompréhension.


 

 

 

Citations : 
 
 
 

John Cyrus Bellman était un homme de trente-cinq ans aux cheveux roux, grand et large d’épaules, avec de grosses mains, de longs pieds et une épaisse barbe d’un brun tirant sur le roux. Il gagnait sa vie en élevant des mules.
Il avait reçu une certaine éducation.
Il savait écrire, même si son orthographe était déplorable. Il lisait lentement mais plutôt bien, et il avait appris à Bess.
Il connaissait un peu les étoiles, ce qui pourrait lui être utile à un moment ou un autre, lorsqu’il s’agirait de se repérer dans le monde. Et au cas où ce savoir se révélerait trop maigre ou déficient, il avait récemment fait l’acquisition d’une boussole de petite taille mais, du moins l’espérait-il, fiable, qu’il avait montrée à Bess avant de partir – un instrument lisse, de la taille d’une prune, dans un boitier d’ébène polis, qui le moment venu, avait-il promis à sa fille, lui indiquerait, de son aiguille bleue tremblante, la direction de la maison.


D'aussi loin qu'elle s'en souvienne, elle s'est toujours posé plein de questions sur sa mère, et de plus en plus souvent elle pense à ce que racontent le pasteur et sa tante Julie, en espérant que c'est la vérité : que sa mère vit à présent dans un autre royaume. Un royaume avec une porte étroite et de belles maisons, des fontaines d'eau vive, un royaume ou il n'y a plus ni chaleur accablante ni nuit. Elle a demandé à son père, un jour, si ce que racontent le pasteur et sa tante Julie était vrai, et si sa mère vivait vraiment dans un autre royaume, et il a répondu : " Oh, Bess, je ne sais pas", mais il avait le regard un peu vide et cela faisait bien longtemps qu'il n'était plus allé à l'église avec elles, et Bess était à peu près certaine qu'en fait, sa réponse voulait dire que non.

 

 
 

 

Quai-Voltaire

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9 octobre 2026

Ce qui nous unit

Je remercie les Editions Récamier pour ce partenariat.

Crédit photo:
©Melania Avanzato 

Françoise Bourdin

 

Biographie de l'auteure
 
 

Françoise Bourdin est née en 1952 à Paris et décédée en décembre 2022. Fille d'artistes lyriques, elle a grandi dans le monde enchanteur du spectacle. Elle a publié près d'une cinquantaine de livres et revendiquait d'écrire " des histoires qui nous ressemblent ". Sa générosité et son engagement dans les problématiques de notre époque en ont fait un auteur emblématique pour toutes les générations. Françoise Bourdin compte parmi les écrivains les plus vendus en France. Ses ouvrages sont traduits en douze langues et nombre d'entre eux ont été adaptés pour la télévision.

Frédérique Le Teurnier commence sa carrière en tant que comédienne.
Après une formation au Cours Simon et des études de lettres, elle fonde sa propre compagnie de théâtre en 2007 avant de se tourner vers la radio, en 2010, pour devenir animatrice et chroniqueuse.
Elle travaille pendant une dizaine d'années pour le groupe Radio France. Après un passage par Europe 1, elle s'installe dans le Sud de la France et travaille aujourd'hui pour la chaîne de télévision France 3/Ici Occitanie et pour la radio France Bleu/Ici Hérault.
Elle publie son premier roman,
Rendez-vous au Point Zéro, en 2023.

 

 

 
 
Présentation de l'éditeur

 

 

Inédit : L'ultime roman de Françoise Bourdin.

 

À Versailles, dans sa belle maison qu'elle partage désormais avec son second mari, Agathe tente de maintenir l'équilibre délicat d'une famille recomposée. Entre ses trois grands enfants –; Laurent, Juliette et David –;, la petite dernière, Roxane, et Hubert, son mari, chacun cherche sa place, son rôle, son espace vital.
Mais l'harmonie familiale est fragile. Hubert, chirurgien talentueux autant qu'autoritaire, supporte mal que le clan formé par Agathe et ses enfants lui résiste. Laurent, également chirurgien, étouffe sous l'influence de ce beau‑père qu'il n'a jamais tout à fait accepté. Juliette se bat pour lancer son cabinet de kinésithérapie malgré les difficultés. David, encore en quête de lui-même, oscille entre doutes professionnels et amours chaotiques. Et Roxane, trop protégée par ses parents, grandit en observant, sans toujours les comprendre, les tensions qui secouent la maison.
À cette famille déjà complexe s'ajoute Victor, l'ex‑mari d'Agathe, père aimant mais intrusif. Chacune de ses apparitions réveille blessures anciennes, rivalités d'hommes et loyautés contradictoires.
Dans ce tourbillon de sentiments et d'épreuves, chacun devra faire un pas vers l'autre pour comprendre ce qui les unit vraiment.

 Quatre ans après la disparition de l'une des romancières préférées des Français, Récamier publie le roman qu'elle avait pratiquement terminé : une histoire d'aujourd'hui, au cœur d'une famille recomposée où se croisent ambitions, tensions, maladresses et élans du cœur –; une peinture délicate dont elle avait le secret, des liens qui résistent malgré tout.
Dans un geste littéraire rare et chargé d'émotion, Frédérique Le Teurnier reprend le flambeau pour offrir au public l'ultime histoire imaginée par sa mère. Une transmission unique. Un événement éditorial majeur. Un dernier cadeau à des dizaines de milliers de lectrices et lecteurs.


Ma chronique : 

 

J'ai refermé ce livre avec le sentiment d'avoir retrouvé une dernière fois Françoise Bourdin, une romancière dont les histoires savaient si bien parler de nous. Dans Ce qui nous unit, sa fille, Frédérique Le Teurnier, prend le relais de sa mère, qui avait écrit la première moitié du roman, pour en rédiger la seconde. Une transmission délicate et émouvante, qui permet de retrouver, une dernière fois, l'univers d'une autrice qui m'a accompagnée dans mes lectures.

À Versailles, Agathe tente de préserver l'équilibre de sa famille recomposée. Il y a Laurent, Juliette et David, ses trois grands enfants nés de son union avec Victor, toujours très présent, parfois jusqu'à l'intrusion. Il y a aussi Hubert, son second mari, chirurgien talentueux et autoritaire, et leur fille Roxane. Les caractères s'opposent, les blessures anciennes ressurgissent et chacun cherche sa place.

J'ai aimé retrouver cette façon qu'avait Françoise Bourdin de raconter les familles sans les idéaliser. Ses personnages ont leurs défauts, leurs doutes et leurs maladresses : Laurent et Juliette privilégient leur carrière, David peine à trouver sa voie. Leurs préoccupations très actuelles rendent leurs parcours crédibles. J'ai aussi apprécié la place accordée à l'hôpital public, où Laurent choisit de se perfectionner en quittant la clinique de son beau-père.

Mais c’est surtout Agathe qui m’a touchée. Elle incarne cette mère qui voudrait voir ses enfants heureux et garder sa famille unie, même lorsque les tensions deviennent difficiles à supporter. Le roman rappelle qu’une famille recomposée demande du temps, des concessions et beaucoup de compréhension. L’amour ne suffit pas toujours : chacun doit accepter de faire un pas vers l’autre.

Petite réserve : certains conflits, notamment entre Hubert et Laurent, m'ont paru attendus.

Comme Agathe, Françoise Bourdin a divorcé à quarante ans ; comme Roxane, elle aimait l'équitation. Ces échos rendent la lecture plus intime.

Une belle façon de dire au revoir à Françoise Bourdin, dont les histoires nous accompagneront encore longtemps.

 

 

 

 

Citations : 

 

quote left

Nous sommes une famille, les tensions existent, c'est normal, mais nous devons pas dépasser les bornes.


Les familles recomposées, ce n'est pas si simple (...). Sur le papier, on explique que c'est formidable, que tout le monde est heureux, mais dans la pratique, il faut que chacun trouve sa place.

 

 

 

 
8 octobre 2026

En l'absence de corps

Je remercie les Editions Julliard pour leur confiance.

 

 

 

Anne Plantagenet

 

Un mot de l'autrice
 
 

Anne Plantagenet est l'autrice d'une dizaine d'ouvrages, dont Trois jours à Oran, D'origine italienne et Appelez-moi Lorca Horowitz. Son dernier livre, Disparition inquiétante d'une femme de 56 ans, a marqué un tournant dans son œuvre. Elle est également traductrice de l'espagnol, notamment des livres de Mariana Enriquez.

 

 

Présentation de l'éditeur

 

La romancière Anne Plantagenet a suivi en octobre 2025 le procès de Cédric Jubillar. Pour observer, écouter, comprendre. De ces quelques semaines en immersion, elle construit un grand livre dont la justesse et l'éthique impressionnent autant qu'elles bouleversent.
 

" Au commencement de cette histoire, une femme disparaît.
Elle est toujours disparue.
Quand se termine l'histoire ? "

L'écrivaine Anne Plantagenet a suivi le procès d'assises de Cédric Jubillar, accusé du meurtre de son épouse, Delphine Aussaguel, dont le corps n'a pas été retrouvé. De ces quatre semaines en immersion, elle a construit un livre dont la justesse et l'éthique impressionnent autant qu'elles bouleversent. Un texte important sur la violence qui s'abat continuellement sur les femmes et les enfants. Retranchée dans cette bulle dévorante qu'est une salle d'audience, elle a disparu de sa propre vie – au point de se demander ce qu'elle fuyait alors dans ce drame. Et si ce procès était aussi un rendez-vous avec elle-même. 

 

 

 

 

 

Ma chronique : 

 

.

Je pensais avoir fait le tour de l'affaire Jubillar, tant la presse en a rendu compte depuis la disparition de Delphine en décembre 2020. Anne Plantagenet m'a prouvé le contraire. Envoyée à Albi par Vanity Fair, elle a suivi les quatre semaines d'audience qui ont abouti, le 17 octobre 2025, à la condamnation de Cédric Jubillar à trente ans de réclusion. Elle en rapporte un texte assumé comme subjectif, où l'on perçoit la fatigue, l'indignation et parfois le trouble de celle qui écoute.

Le titre dit l'essentiel. Comment juger un meurtre quand il n'y a pas de corps ? Et que devient la victime quand tous les regards se tournent vers l'accusé ? L'autrice cherche à lui rendre sa place. Delphine n'est plus un nom dans un dossier : on la découvre à travers ses frères et sœurs, aux dépositions pleines de retenue, qui évoquent la femme avant l'affaire. Le portrait de la mère de Cédric Jubillar, digne dans l'épreuve et bien éloignée de l'image que certains médias en avaient donnée, m'a tout autant frappée.

L'autrice s'interroge aussi sur la manière dont on juge les femmes, jusque dans la mort : une mère à qui l'on reproche d'avoir voulu plaire, un accusé entouré d'une curiosité virant à la fascination. Elle y voit le symptôme d'un problème plus large, qui dépasse largement ce procès et touche à la place faite aux femmes dans notre société. Sa colère est légitime, même si je l'ai trouvée par moments plus démonstrative que nécessaire.

Un détail enfin donne au livre une résonance particulière : les restes de Delphine ont été retrouvés peu avant sa parution. Un livre sur l'absence qui sort au moment où le corps est retrouvé, cela aurait pu sembler malvenu. J'y vois au contraire la confirmation que cette absence était bien le nœud de toute l'affaire.

C'est un livre inégal mais sincère, que je recommande à ceux qui veulent revivre ce procès autrement, au-delà du verdict.

 

 

Citations : 

 

quote leftUn corps. A ce stade des débats, et nous ne sommes qu'au troisième jour du procès, Delphine Aussaguel, alias "l'infirmière de 33 ans" et "la mère de famille" dans les avis de recherche diffusés me 16 décembre 2020, devenue quelques jours plus tard "la disparue du 81" lors de la création d'une cellule d'enquête, n'est plus qu'un corps. Un corps mort, potentiellement assassiné, jeté dans un trou quelque part, pourrissant comme une charogne. Une image atroce, insoutenable.


Aujourd'hui, Delphine est devenue le symbole des féminicides. Ce mot "disparition", il est inaudible. Ce n'est pas un tour de magie, Delphine n'a pas disparu, elle a été assassinée, et moi je crois que c'est par Cédric.

 

 

8 octobre 2026

La Grande Encyclopédie des Vaches

Je remercie les Éditions De Borée pour ce partenariat.

 

 

 

 Daniel Brugès et Laurence Barruel

 

 


Daniel Brugès est un amoureux de son terroir. Avec plus de 30 ouvrages à son actif, études historiques et ethnographiques, carnets de voyage et de cuisine, recueils d'aquarelles... il met tout son talent d'écrivain mais aussi d'illustrateur reconnu pour immortaliser << ses hautes terres » d'Auvergne, le patrimoine et la nature, dont les vaches qu'il connaît très bien depuis l'enfance ! 

 

 

 

Laurence Barruel a fait de sa passion pour la photographie un métier qu'elle pratique depuis de nombreuses années dans la région Auvergne Rhône-Alpes, et plus largement en France. Elle a souvent mis devant son objectif la cuisine de chefs étoilés, les animaux et la nature dans son entier. Passionnée par les vaches, elle les aime et les photographie depuis de longues années...

 

 

 

 

 

 Présentation de l'éditeur

 

 

Les vaches font partie des animaux les plus connus et aimés. Intimement liées à l'univers rural dans son ensemble, puisqu'elles incarnent spontanément l'exploitation fermière, elles méritent ce tour d'horizon des races présentes dans l'Hexagone. En effet, leur variété est bien plus grande qu'on ne l'imagine et justifie qu'on s'y arrête ! Anciennes ou plus récemment sélectionnées, "starisées" et faisant l'objet de concours dans les salons, races à viande, allaitantes ou mixtes, plus précisément attachées à un territoire régional... Cette encyclopédie est un voyage richement illustré parmi les représentantes d'un univers animal foisonnant.

 

 

 

 

Et merci pour la dédicace et le petit dessin qui va bien :

 

 

 

Mon avis :

 

La grande encyclopédie des vaches de Laurence Barruel et Daniel Brugès est un superbe ouvrage qui nous invite à regarder autrement cet animal si familier de nos campagnes.

Tout commence par un abécédaire très sympathique. On découvre le vocabulaire de l’élevage, l’environnement des vaches, leur alimentation, leur robe et des termes spécifiques comme celui de broutard ou de Herd-Book. Une première approche simple et ludique qui donne déjà envie d’aller plus loin.

J’ai particulièrement aimé la partie historique. À travers les époques, les pays et les continents, on comprend combien les bovins ont accompagné les sociétés humaines. Ils ont aidé aux travaux des champs, fourni du lait et de la viande, mais ont également occupé une place dans les traditions et les cultures. Quelques expressions populaires viennent compléter cette découverte, parfois avec beaucoup d’humour.

Le cœur du livre est consacré aux races bovines présentes en France. Et elles sont nombreuses ! Je connaissais l’Angus, la Normande, la Limousine, la Charolaise ou encore la Highland, avec ses longs poils qui la rendent immédiatement reconnaissable. Mais j’ai découvert quantité d’autres races, certaines rustiques, d’autres imposantes, avec ou sans cornes, chacune ayant ses propres caractéristiques et ses aptitudes pour la viande, le lait ou les deux.

L’ouvrage nous emmène aussi du côté des troupeaux, des transhumances, des foires et des salons agricoles.

Cette lecture résonne particulièrement avec les difficultés auxquelles les éleveurs doivent faire face aujourd’hui. La sécheresse ne permet pas à l’herbe de repousser et certains ont déjà dû utiliser le foin prévu pour l’hiver. Comment vont-ils pouvoir nourrir leurs troupeaux dans les prochains mois ? Trouver du foin de qualité et supporter ces dépenses supplémentaires devient une véritable préoccupation.

Un ouvrage riche, instructif et très vivant, qui se feuillette avec plaisir. Une belle manière de mieux connaître ces animaux qui accompagnent l’homme depuis des siècles et de mesurer aussi combien le monde de l’élevage mérite notre attention.

 

de borée logo

 

8 octobre 2026

L'Attrape-coeurs

Je remercie les Editions de la Table ronde 

 Collection Quai voltaire pour cette nouvelle lecture.

    • Traduction (Anglais) : Alice Deon et Jean Esch
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  •  

J.D. Salinger

 

 

 

Un mot de l'auteur

 

Né à New York en 1919, Jerome David Salinger abandonna plusieurs études avant de s'inscrire à un cours d'écriture à l'Université Columbia. Il publia sa première nouvelle (« The Young Folks ») dans le magazine Story. Peu après, le New Yorker publia la nouvelle acclamée « A Perfect Day for Bananafish », et d'autres textes suivirent, dont « Slight Rebellion off Madison » en 1941, une des premières aventures d'Holden Caulfield. Après un séjour en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale, Salinger retourna à New York et commença à travailler sur son roman phare, « L'Attrape-cœurs » (1951), un best-seller immédiat grâce à son héros iconoclaste et à son langage cru. Suite à ce succès, Salinger se retira dans sa maison de Cornish, dans le New Hampshire, où il se retira progressivement, finissant par ériger un mur autour de sa propriété et ne publiant que trois autres livres : « Nine Stories », « Franny and Zooey », « Raise High the Roof Beam » et « Carpenters and Seymour: An Introduction ». Salinger s'est marié deux fois et a eu deux enfants. Il est décédé de causes naturelles le 27 janvier 2010 dans le New Hampshire, à l'âge de 91 ans.

 

 

 
 
Présentation de l'éditeur
 
 
 
 
Holden Caulfield a 16 ans quand il se fait renvoyer de son internat à la veille des vacances de Noël. L'histoire qu'il choisit de nous raconter dans un monologue accidenté et drôle, tour à tour candide, blasé et révolté, est celle des trois jours qu'il passe à New York avant de rentrer chez lui.
 
 
 

 

 

 
Ma chronique : 
 

Certains narrateurs vous attrapent par la manche dès la première page, que vous le vouliez ou non. Holden Caulfield est de ceux-là, avec sa voix de garçon incapable de dire quoi que ce soit sans l'assortir d'un sarcasme.

Exclu de son école à l'approche de Noël, cet adolescent de seize ans n'ose pas rentrer chez lui. Il erre dans Manhattan, change de chambre d'hôtel, commande des verres qu'il n'a pas l'âge de boire, gâche chaque rendez-vous et ment à tout le monde. Tout cela nous est raconté depuis l'endroit où il a fini par être soigné.

J'avoue que ses mots m'ont d'abord fatiguée : ces expressions toutes faites, ces verdicts expéditifs sur chaque personne croisée me semblaient datés, un peu pénibles. Puis le ton a cessé de m'irriter. J'y ai entendu autre chose : le bavardage d'un garçon qui parle sans relâche pour ne pas affronter le silence.

Car ce silence a un nom, Allie, le petit frère emporté par une leucémie. Holden en parle à peine, et pourtant tout ce qu'il fait semble graviter autour de ce vide. Ses moqueries envers les adultes, sa peur de grandir, son goût de l'isolement me paraissent relever moins de la révolte que du deuil.

Le titre prend alors une résonance particulière. Le rêve de Holden, veiller sur des enfants qui jouent au bord du vide pour les rattraper avant la chute, n'a rien de ridicule : on y devine le désir de réparer, en en sauvant d'autres, ce qu'il n'a pas pu empêcher pour Allie. La scène du manège avec sa sœur Phoebé, d'une douceur inattendue, en est le moment le plus lumineux.

Salinger saisit aussi, sans pathos, une Amérique d'après-guerre qui se rêve prospère et que ce garçon refuse de suivre. Ce refus, plus que l'argot, explique sans doute la longévité du livre.

Je ne le placerais pas parmi mes préférés. Mais je suis très heureuse d'y être revenue : il m'a rappelé qu'on peut être maladroit, agaçant, et pourtant profondément attachant.

 

Citations : 
 
 
 

Ils avaient chacun leur chambre et tout. Ils avaient envi-ron soixante-dix ans tous les deux, ou peut-être même plus. Ils continuaient de s'éclater – à leur manière un peu foireuse, évidemment. Ça paraît méchant de dire ça, je sais, mais je le dis pas méchamment. Je dis juste que je pensais souvent au vieux Spencer, et quand tu pensais trop souvent à lui, tu te demandais ce qui le maintenait encore en vie. Il était tout voûté, je veux dire, il se tenait n'importe comment, et en classe, quand il était au tableau et qu'il faisait tomber un morceau de craie, il fallait toujours qu'un des gars au premier rang se lève et le ramasse pour lui redonner. C'est horrible, si tu veux mon avis.


Elle était jolie quand elle fumait. Elle avalait la fumée et tout, mais sans l'engloutir, contrairement à la plupart des femmes de son âge. Elle avait beaucoup de charme. Elle avait aussi pas mal de sex-appeal, si tu veux tout savoir.

 

 
 

 

Quai-Voltaire

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7 octobre 2026

La tétine de Lou

Je remercie  Minedition pour ce nouvel album.


BERTEL Julien

Julien Bertel est né en 1980 à Fougères. Biologiste de formation, il a eu de nombreux métiers, de la recherche à l'administration.

À force de lire des histoires pour sa jeune fille, il s'est pris au jeu d'en inventer à son tour. 


LE BRUN Cécile

Cécile Le Brun est née à Montpellier en 1990 et passe son enfance en Afrique de l'Ouest : Mauritanie, Cap-Vert et Sénégal.

À l'âge de 11 ans elle revient vivre dans le sud de la France.
Plus tard, elle se forme à l'illustration à l'école d'Arts Appliqués IPESAA à Montpellier. Cécile travaille essentiellement à l'aquarelle, par successions de lavis et rehausse certains traits à l'encre de Chine.

 

Présentation de l'éditeur :

Un livre cartonné rigolo pour compter de 1 à 10

Mais qui se cache donc sous cette montagne de tissus

ou de vêtements ?

Les plus petits lecteurs s'amuseront à deviner quel animal

s'est dissimulé là-dessous, les plus grands à les compter.

1 ours, 2 chiens, 3 tortues... et à la fin, combien de

petits poussins ?

 

Mon avis

Il suffit parfois d'une tétine perdue pour transformer une nuit tranquille en véritable aventure. Dans La tétine de Lou, Julien Bertel et Cécile Le Brun s'amusent avec une situation que beaucoup de parents connaissent bien : un enfant se réveille, appelle son papa et ne pense plus qu'à une chose, retrouver sa précieuse tétine.

Tout commence dans le noir. Lou appelle son père. La tétine a disparu et, évidemment, impossible de se rendormir sans elle. Papa se lance alors dans une recherche minutieuse sous le lit. Et là, les trouvailles s'enchaînent ! Une chaussette, un livre, des cubes, des petites voitures… puis des objets de plus en plus surprenants. De quoi transformer la chambre en véritable capharnaüm.

À chaque recherche qui échoue, une nouvelle exclamation apparaît en gros caractères : « Zut ! », « Mince alors ! », « Saperlipopette ! » ou encore « Flûte de flûte ! ». J'aime beaucoup cette idée. Ces mots en gras donnent du rythme à la lecture et sont forcément très amusants à faire découvrir aux enfants. On peut les lire plus fort, les jouer, les répéter… et les petits ne se font pas prier !

Pendant que papa cherche partout, un petit détail nous échappe presque : Lou, elle, a déjà retrouvé sa tétine et s'est rendormie tranquillement. C'est finalement maman qui découvre le désordre et remet un peu d'ordre dans toute cette agitation nocturne.

Avec son format cartonné et facile à manipuler, ce petit album est parfaitement adapté aux petites mains. Les illustrations accompagnent joliment cette recherche pleine de surprises et l'humour fonctionne à merveille.

J'ai beaucoup aimé cette histoire toute simple, qui fait sourire tout en parlant d'un moment bien réel de la vie des familles. Parce qu'entre les réveils nocturnes et les tétines introuvables, un peu d'humour ne fait vraiment pas de mal 

 

 

7 octobre 2026

Petite tortue va à l'école

Je remercie  Minedition pour ce nouvel album.

 

 

 AGNESE BARUZZI a fait ses études à Urbino, en Italie.

Elle vit maintenant à Bologne où elle travaille depuis 2001 en illustrant des livres

pour enfants publiés dans de nombreux pays.

Elle collabore également avec des agences de publicité et

dirige des ateliers pour enfants dans les écoles et les librairies.

 

 

Présentation de l'éditeur :

 

 Un cartonné ludique et interactif pour préparer la rentrée des classes !
C'est le premier jour d'école. Petite tortue a un peu peur... Mais une gentille maîtresse l'accueille et de nouveaux amis jouent avec elle. La journée est si amusante que le soir, en rentrant à la maison, Petite tortue a hâte d'être à demain ! Sur chaque page, l'enfant déplace les éléments le long du chemin. Il vit ainsi sa première journée d'école avec Petite tortue, comme s'il y était.Inspiré à la méthode Montessori.
 

 

 

Mon avis

 

 

Voici un album qui invite les tout-petits à découvrir la journée d’école tout en manipulant les illustrations. Un livre particulièrement solide, avec ses pages très épaisses, ses coins arrondis et son format pensé pour les petites mains.

Dès la première page, une petite tortue apparaît dans un cercle rouge que l’enfant peut faire glisser le long du chemin qui mène de sa maison à l’école. Et quelle maison ! Son toit rappelle joliment une carapace. À l’école, la maîtresse accueille Petite Tortue qui va bientôt se faire un nouvel ami : un petit escargot.

La journée commence par un moment de jeu. Les deux compagnons s’amusent avec des petites voitures que l’on peut déplacer sur un circuit. Les pastilles à faire coulisser donnent immédiatement envie de participer et transforment la lecture en véritable moment de jeu.

Puis vient l’heure du repas. Autour de la table, l’enfant retrouve différents aliments, comme la salade, les carottes, la banane ou le pain. À lui de les faire circuler jusqu’à l’assiette de Petite Tortue et de son petit compagnon. Une façon amusante de faire participer l’enfant à ce moment familier de la journée.

Après le repas, place à la sieste. Il faut installer les deux petits personnages dans leur lit et surtout ne pas oublier les doudous ! Un petit ours rejoint Petite Tortue tandis qu’un lapin accompagne le petit escargot.

Et pour terminer l’après-midi, direction le parc ! Les deux amis montent les marches avant de profiter du toboggan.

J’aime beaucoup cette approche inspirée de la pédagogie Montessori, qui laisse une vraie place à l’action et à l’autonomie. L’enfant ne se contente pas de regarder : il déplace, choisit, accompagne les personnages et participe à chaque étape de leur journée.

Un album ludique, très bien pensé et surtout très agréable à manipuler avec les tout-petits.

 

 

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7 octobre 2026

Un gros Bobo

Je remercie  Minedition pour ce nouvel album.

 

  Joëlle Tourlonias

 

Joëlle Tourlonias, née en 1985, a étudié la communication visuelle avec une

spécialisation en illustration et peinture à l'Université Bauhaus de Weimar.

Elle dessine, peint et vit aujourd'hui près de Francfort-sur-le-Main.

 

 

Présentation de l'éditeur :

 

Un cartonné malin pour se réconforter après un gros bobo !

Oh là là, le petit garçon est tombé... son genou saigne un peu.

Mais pas d'inquiétude, sa maman est là.

Un peu de désinfectant, un pansement, un bisou...

et voilà le gros bobo envolé !

Maintenant, c'est au tour du petit garçon de soigner

ses peluches...

 

Mon avis

 

 

Avec ses pages en carton très épais, ses tirettes et ses petits rabats à manipuler, Un gros bobo est un livre pensé pour les petites mains et les grandes émotions.

Un petit garçon tombe dans la salle de bain et se fait mal au genou. Heureusement, maman est là pour le consoler. Avec les tirettes, on peut bercer maman et son petit garçon, faire apparaître ou disparaître les personnages et accompagner les différents moments de cette petite mésaventure. Les doudous, un nounours et un petit lapin, sont toujours là, comme de rassurants compagnons.

Le soin devient alors un véritable jeu. On désinfecte le bobo, on découpe un morceau de pansement avec une petite paire de ciseaux, on met un peu de produit désinfectant et on colle le pansement. Les rabats permettent de découvrir ce qui se passe avant et après chaque geste. L’enfant peut ainsi participer, manipuler et surtout retrouver, à son rythme, une situation qu’il a peut-être déjà vécue.

Et puis il y a le souffle magique de maman, celui qui fait presque disparaître la douleur, et le petit mouchoir pour essuyer les larmes. Tout est fait pour transformer ce moment qui peut impressionner en une expérience douce et rassurante.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Quand le petit ourson semble à son tour avoir besoin de soins, le petit garçon devient médecin. Stéthoscope, pansements, consultations et même radiographie : ses peluches deviennent ses petits patients. Ce qui était d’abord une expérience subie devient alors un jeu où l’enfant prend soin à son tour.

J’ai beaucoup aimé la tendresse qui se dégage de cet album. Les illustrations sont superbes, avec des couleurs douces et une belle harmonie qui accompagne parfaitement cette histoire rassurante.

Un très joli livre à partager avec les tout-petits, pour apprivoiser les petits bobos, les larmes et les peurs, avec beaucoup de douceur… et un gros câlin.

 

 

 

 

6 octobre 2026

Les moissons funèbres

Je remercie les Editions Belfond pour ce partenariat.

 

 

 

 

Jesmyn Ward

 

 

Biographie de l'autrice

 

 

Jesmyn Ward est née à DeLisle, dans l'État du Mississippi. Issue d'une famille nombreuse, elle est la première à bénéficier d'une bourse pour l'université. Ligne de fracture , son premier roman paru aux Etats-Unis en 2008 et en 2014 chez Belfond, lui a valu une belle reconnaissance par la critique américaine. Mais c'est avec Bois Sauvage (Belfond, 2012 ; 10/18, 2013) qu'elle va connaître la reconnaissance internationale, en remportant à la surprise générale le National Book Award, récompense littéraire suprême aux États-Unis. Avec Le Chant des revenants (Belfond, 2017 ; 10/18, 2018), Jesmyn Ward a accompli un exploit inédit : devenir la première femme double lauréate du National Book Award. Son mémoire, Les Moissons funèbres , paru d'abord chez 10/18 en 2019 et remis en vente chez Belfond en 2026, s'est vu récompensé du MacArthur " genius grant ". En 2025, Nous serons tempête , a été un titre phare de la rentrée littéraire chez Belfond, il paraîtra chez 10/18 en 2026.
Jesmyn Ward enseigne la littérature à l'université de Tulane, en Louisiane, où elle réside.

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur
 
 

Chaque fois que notre mère nous conduisait à La Nouvelle-Orléans pour rendre visite à notre père, elle disait : " Fermez les portières à clé. "
Dans Les Moissons funèbres, livre devenu instantanément un classique de la littérature américaine, Jesmyn Ward raconte les difficultés rencontrées par la population rurale du Sud des États-Unis à laquelle elle appartient et porte tant d'affection.

En l'espace de quatre ans, cinq jeunes hommes noirs avec lesquels Jesmyn Ward a grandi sont morts dans des circonstances violentes. Ces décès n'avaient aucun lien entre eux si ce n'est le spectre puissant de la pauvreté et du racisme qui balise l'entrée dans l'âge adulte des jeunes hommes issus de la communauté africaine-américaine.

 

 

 

 

 

 

 


Ma chronique : 
 

Cinq prénoms, chacun suivi de deux dates : c'est ainsi que Jesmyn Ward bâtit son livre, chapitre après chapitre, comme on grave des noms dans la pierre. Entre 2000 et 2004, cinq garçons de sa communauté disparaissent, parmi eux ses amis, des cousins et Joshua, son petit frère, mort à dix-neuf ans.

Elle a longtemps repoussé ce récit. On le sent : il fallait du courage pour revenir à Delisle, commune du Mississippi où l'on grandit entre bois, bayous et soirées sans fin sur un capot, pendant que les belles propriétés des Blancs dominent au loin. Dans ce décor, rêver de devenir médecin ou pilote relève de l'illusion. Rester, c'est composer avec la drogue, la rancœur et l'absence d'horizon.

Le livre est tout à la fois une enquête et une confidence. Ward cherche à comprendre pourquoi ces vies se sont brisées, et met en cause le racisme hérité de l'esclavage, la misère, l'école qui exclut, les institutions sourdes. La mort de Joshua, causée par un chauffeur blanc ivre à peine puni, rend cette injustice insupportablement concrète. Son écriture, dépouillée et directe, évite tout pathos : elle préfère les souvenirs précis, les gestes minuscules, les silences, et chaque disparition devient une perte presque physique.

En lisant, j'ai souvent pensé à des visages familiers. Ce qu'elle raconte dépasse le Sud américain : cette pauvreté qui abandonne les mêmes familles dans tous les pays, on la reconnaît partout.

Grâce à l'employeur de sa mère, elle a eu la chance d'intégrer une école privée, ce qui a changé sa vie. Mais elle sait que les autres n'ont pas eu cette possibilité. Son amour pour son frère irrigue tout le livre, jusqu'à un dernier mot adressé à sa mère et aux siens, qui m'ont bouleversé.

Un livre sombre, mais lumineux de tendresse, qui rend leur visage à ceux que les statistiques effacent.

 

 

 

 

Citations : 

 

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5 octobre 2026

Heurtevents - Là où le passé murmure ses secrets

Je remercie les éditions Presses de la Cité pour cette nouvelle lecture.

 

Caroline Hussar

Un mot de l'autrice

 

Née en Auvergne, Caroline Hussar a grandi dans la campagne bourbonnaise. Dans le cadre de ses études au sein de la faculté de droit de Clermont-Ferrand, elle s'est intéressée au droit de la santé, ce qui l'a amenée à poursuivre des études à la faculté d'Aix-Marseille. Elle a choisi de revenir exercer son activité d'avocate en Auvergne, et de se spécialiser dans la défense des victimes, notamment auprès des enfants. Elle vit aujourd'hui au pied du Puy-de-Dôme.
Lauréate du Prix Jean Anglade du premier roman 2023 pour
La Maison aux chiens, elle est aussi l'autrice du Rivage le plus sûr, tous les deux parus aux Presses de la Cité.

 
Présentation de l'éditeur
 

 Un roman ténébreux aux frontières du fantastique et de la folie, le destin d'une jeune femme perdue, prisonnière des convenances et de la violence, l'histoire d'une passion destructrice.
Par l'autrice de
La Maison aux chiens.

C'est à Heurtevents, vieille bâtisse à la façade mangée par la vigne, qu'Antoine est venu vivre pour terminer sa thèse. Huit mois seul, loin de la tentation, du monde et des hommes. Les lieux, moribonds, appartenaient à ses grands-parents, Odile et André. Des signes étranges intriguent bientôt le jeune homme : la photo d'une inconnue trouvée par hasard ; une poupée au visage de Pierrot qui semble vouloir lui transmettre des messages, et cette odeur entêtante de plâtre, qui va et qui vient...
Que cachent les murs d'Heurtevents ?
Au fil des mois et des confessions des villageois, Antoine découvre les ombres du passé des siens. Toute jeune fille, Odile a été rejetée par sa mère parce que enceinte. Un jour de fête, elle reçoit la plus terrible des prédictions. Son histoire, tragique, et celle d'André sont en marche...

Un roman puissant et ténébreux sur les mystères des âmes et des destins.

 

 

Ma chronique : 

Une bâtisse isolée, un ciel chargé, un titre qui siffle : la couverture de Heurtevents m'avait préparée à un roman sombre. Caroline Hussar m'a pourtant emmenée ailleurs, vers une histoire à la fois plus tendre et plus cruelle.

Tout part d'Antoine, étudiant en droit pressé d'achever sa thèse. Il s'isole dans la vieille propriété de ses grands-parents, persuadé d'y trouver la paix. C'est l'inverse qui se produit : des photos anciennes et des cartes postales retrouvées l'occupent bien plus que ses références juridiques.

Le livre bascule alors vers le passé, avec Odile. Ses souvenirs, livrés par fragments, révèlent une jeunesse rude, une époque où une femme obéit plus qu'elle ne choisit, et une union avec André qui tourne à l'emprise. Dès la première scène, une gifle pour un fruit cueilli, le ton est donné.

Ce qui m'a le plus plu, c'est la façon dont les deux époques s'éclairent mutuellement. Chaque révélation sur Odile change le regard porté sur le présent, et l'on poursuit sa lecture comme on assemble un puzzle. L'ambiance, elle, repose sur les sens : odeurs inexpliquées, bruits venus des bois, présences furtives. Rien d'horrifique, mais certaines apparitions, celle du Pierrot en tête, mettent franchement mal à l'aise.

Mon unique regret concerne la maison elle-même. Elle donne son nom au roman, et j'aurais aimé qu'elle y pèse davantage, qu'elle devienne une force qui agit sur les destins plutôt qu'un décor qui murmure.

Quant à la conclusion, elle réserve un virage que je n'avais pas anticipé et qui éclaire l'ensemble d'un jour nouveau. Au fil des pages, l'autrice effleure avec délicatesse la condition féminine, la solitude et les dégâts de la passion.

Un roman idéal pour les soirées de pluie, que je recommande à celles et ceux qui aiment les histoires de lignée où chaque pièce d'une maison garde une part de vérité.

 

Citations :  
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Très bien! Sauvons les apparences. Mais vous n’avez pas le pouvoir de m'empêcher de mener ma vie comme je l’entends. Pour le peu de temps qu’il vous reste à vivre, je vous laisse réfléchir à ce qui se passera quand vous aurez cassé votre pipe.
Il sort et court se réfugier dans la cabane à outils. Il le fera souvent dans les mois, dans les années à venir. Mathilde s’effondre contre le dossier de son fauteuil. Faut-il qu’elle aime Odile et la petite Jeanne pour laisser un tel homme souiller de sa présence les pierres d’Heurtevents. Mais elle a fait ce qu’il fallait. Du moins le croit-elle, et elle ne sera pas détrompée jusqu’à sa mort, six mois plus tard. On ne peut lui reprocher de s’être leurrée. Tout comme, sans doute, on ne peut reprocher à la mère de s’être soumise aux règles de son temps. L’une dans la faiblesse de l’amour, l’autre dans la rigidité, chacune à sa manière a fait le mauvais choix. Et Odile s’apprête à en payer le prix.

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Et puis il se remet à boire. Et puis, un jour, il se bat à nouveau dans un bal. Et puis il perd son travail et se rappelle qu’il vit chez sa femme. Et puis on veut bien l’embaucher chez Verredis, mais seulement pour de l'intérim, comme cela on pourra le virer s’il crée des problèmes. Et puis son père meurt d’une crise cardiaque. Et puis Éliane se fatigue de cette vie un peu trop rangée, et lorsqu'il vient pleurer à sa porte elle ne le repousse pas. Et puis c'est la dégringolade finale.

 

 

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