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L'atelier de Litote

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22 septembre 2026

Prise pour cible

Je  remercie les Editions Nisha et Caetera collection Héroïne

Produit offert pour collaboration commerciale non rémunérée.

 

Jeanne Heneug (Traduction)

 

 

 

 

Patricia Gibney

 

 

Biographie de l'auteure
 
 
 

Patricia Gibney vit en Irlande. Passionnée de romans policiers, elle s'est naturellement tournée vers ce genre littéraire.

Prise pour cible est un véritable succès au Royaume-Uni, aux États-Unis, au Canada et en Australie.

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur
 
 

À Ragmullin, le corps ensanglanté d’une jeune femme est retrouvé au fond d’une tombe ouverte lors d’obsèques.
L’inspectrice Lottie Parker est chargée de l’enquête.

Peu de temps après, deux autres femmes disparaissent dans des circonstances troublantes. La peur s’installe dans ce village aux apparences tranquilles : est-ce qu’un tueur en série rode aux abords de Ragmullin ? Ces disparitions présentent d’étranges similitudes avec une affaire non résolue vieille de dix ans. Une course contre la montre débute pour Lottie Parker.

Le tueur est plus proche d’elle qu’elle ne le pense... Est-elle sa prochaine victime ?

 

 

 

 

 

 

 

Ma chronique :

 

Ragmullin n'en finit pas de collectionner les drames. Dans ce quatrième volet consacré à l'inspectrice Lottie Parker, Patricia Gibney plonge une nouvelle fois son lecteur dans une atmosphère poisseuse et anxiogène. À la gare, des jeunes femmes s'évanouissent purement et simplement dans la nature ; au cimetière, une tombe fraîchement ouverte livre un corps. Très vite, Lottie et son équipe flairent l'écho d'une disparition vieille de dix ans, jamais élucidée, et l'ombre d'un tueur en série vient épaissir le mystère. Ajoutez à cela des cris déchirants qui percent la nuit, comme surgis d'une légende de banshee, et vous obtenez un cocktail troublant qui m'a captivée dès les premières pages.

Ce tome se distingue par un rééquilibrage : l'enquête prend le pas sur la vie privée de l'héroïne. Les enfants de Lottie sont plus en retrait, tandis que Boyd et sa relation avec sa sœur gagnent en importance. La violence, plus discrète que dans les tomes précédents, reste malgré tout présente par moments, et j'ai trouvé ce dosage plutôt bien maîtrisé.

Lottie reste le cœur battant de cette série : imparfaite, autodestructrice, attachante malgré (ou grâce à) son chaos intérieur. Sa relation ambiguë avec Boyd continue d'alimenter la tension du récit, et l'arrivée d'un supérieur hostile, en remplacement de son patron habituel en arrêt maladie, complique encore son quotidien professionnel.

Si l'intrigue policière s'avère un peu moins haletante que dans certains tomes précédents, l'ensemble reste solide et bien mené, portée aussi par des personnages secondaires auxquels je me suis attachée . Le dénouement, riche en implications pour la suite, referme ce chapitre tout en ouvrant de nouvelles pistes prometteuses.

Un roman efficace, qui confirme mon plaisir à suivre cette série et donne surtout très envie de retrouver Lottie et Boyd pour la suite de leurs aventures mouvementées.

 

 

 

Citations : 

 

quote left

Ce soir, il la reverrait. Le train tanguait et haletait, accélérait puis ralentissait à l'approche de la gare Connolly de Dublin. Une atmos-phère d'anticipation s'installa dans le souffle chaud des passagers alors qu'ils se préparaient à débarquer. Il allait passer une longue journée à penser à elle, à l'attendre. Mais cela en valait la peine. À 18h30 ce soir, elle serait sienne.


Pouvons-nous jeter un œil? demanda-t-elle à Fahy.

Il n'y a rien là-dessous, répondit-il.

Lottie se tourna vers la femme en sanglots.

Qu'avez-vous vu exactement ?

- Je n'en suis pas tout à fait sûre. Peut-être l'ai-je imaginé, mais lorsque nous avons tiré sur la corde et que le cercueil s'est légèrement soulevé, j'ai cru voir quelque chose qui ressemblait à de la peau dépasser de la terre au fond de la tombe. De la chair humaine. Mon Dieu! Serait-ce mon grand-père? Elle secoua la tête avec force. Mais il est mort depuis quinze ans!

 

 

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22 septembre 2026

Haemi

 Je remercie les Editions Père Fouettard  pour ce nouvel album.

 

Nathalie Biston

Petite, Nathalie Biston voulait être sorcière biologiste naturaliste. Finalement, c’est son amour pour l’étude du mouvement et du dessin qui l’a entraînée vers le cinéma d’animation. Aujourd’hui, elle écrit des histoires quand les mots viennent visiter ses rêves.

Joséphine Forme

En grande rêveuse, l’univers artistique de Joséphine Forme tourne autour de la nature et du monde des songes. Attirée par la douceur et le bleu, elle travaille principalement au crayon de couleur ou au pastel gras.

 

Présentation de l'éditeur :

Min-Jee, jeune plongeuse, pensait connaître la mer par cœur. Jusqu’au jour où elle découvre un œuf mystérieux et voit naître une créature marine extraordinaire.
Très vite se tisse un lien unique, magique, presque inquiétant. Il redéfinit les frontières du réel et vient secouer les certitudes les plus prof
ondes de la jeune fille.
La mer se révèle alors plus mystérieuse que jamais, parfois dangereuse. Mais au cœur des vagues, Min-Jee trouve en elle une détermination farouche : elle ira aussi loin qu’il le faudra pour son amie.

 

 

 

Ma chronique

 

Min-Jee a onze ans. Elle passe ses vacances chez ses grands-parents, près d'une mer qu'elle croit connaître par cœur. Son grand-père pêche, silencieux ; sa grand-mère, ancienne plongeuse devenue presque sourde, regarde sa petite-fille grandir sans trop la couver. On est loin de l'école, des parents, des devoirs, et on ne s'en plaint pas.

Tout bascule le jour où, en apnée, elle découvre au fond de l'eau un œuf immense et translucide. De sa naissance surgit une créature aussi fascinante qu'inquiétante, à laquelle Nathalie Biston donne un nom d'une justesse rare : Haemi, qui signifie en coréen « beauté de la mer », et dont la sonorité évoque irrésistiblement le verbe aimer. Cette proximité n'est pas un hasard : c'est tout le roman qui se love dans cet entre-deux, entre attachement et vertige.

L'autrice, ancienne plongeuse elle-même et inspirée par les haenyeo coréennes, insuffle à son texte une sensation d'immersion presque physique. Le lien qui se noue entre Min-Jee et la créature déborde vite le simple émerveillement pour devenir une amitié exigeante, traversée de jeux, de découvertes et de dangers bien réels.

Portée par les illustrations de Joséphine Forme, dont la douceur accompagne parfaitement la musicalité du texte, cette histoire se lit comme un conte moderne, à mi-chemin entre onirisme et transmission intergénérationnelle. On referme le livre avec l'impression discrète d'avoir assisté à quelque chose d'assez rare : une histoire de transmission qui ne cherche à démontrer que ce soit, et qui n'en dit que davantage.

Un texte à savourer à voix haute, tant sa langue semble faite pour être dite autant que lue et qui touchera, au fond, bien plus large que le seul lectorat auquel on pourrait le destiner.

 
20 septembre 2026

La mort qui tue tout bas

Je remercie  Fleuve Editions

 pour  l'envoi de ce nouveau titre. 

 

 

Jacques Saussey

 

Biographie de l'auteur

 

 

Jacques Saussey est un auteur incontournable dans le milieu du polar français. Pour son arrivée au Fleuve, il signe un thriller ambitieux entre le paradis et l'enfer.

 

 

Présentation de l'éditeur

 

 

Embarquement immédiat pour la Guyane !

À quelques jours d'intervalle, à Lyon puis en Savoie, deux hommes sont empoisonnés au curare. Maintenus en vie, ils sont ensuite plongés dans de l'eau glacée pour y subir une lente agonie. Seul point commun entre les victimes : la Guyane. L'un y a longtemps enseigné, l'autre y travaillait pour une compagnie minière russe.
Paul Kessler, ancien flic reconverti en détective privé, et Alice Pernelle, jeune lieutenant de gendarmerie, sont envoyés sur place. Là-bas, au-delà de l'océan, chacun découvrira à ses dépens une terre de violence où l'or attise toutes les convoitises, où la jungle dicte ses lois, et où certaines blessures ne guérissent jamais.

 

 

 

 

 

 

 

Ma chronique : 

 

 

Avec ce nouveau roman, Jacques Saussey signe un thriller d'une redoutable efficacité, qui m'a précipitée dans la moiteur suffocante de la Guyane. Tout commence par deux crimes d'une cruauté méthodique : à Lyon puis en Savoie, deux hommes sont retrouvés assassinés selon un même rituel funeste, paralysés au curare avant d'être immergés vivants dans une eau glaciale. Un oligarque russe lié à l'exploitation minière d'un côté, un enseignant retraité à l'existence discrète de l'autre : rien ne semble rapprocher ces deux victimes, sinon un territoire lointain où leurs chemins se sont autrefois croisés.

C'est là, en Guyane, que convergent deux enquêteurs que les habitués de l'auteur retrouveront avec bonheur : Paul Kessler, ancien policier lyonnais reconverti en détective, et Alice Pernelle, jeune lieutenante de gendarmerie. Chacun mène son investigation séparément, au fil de chapitres courts qui alternent leurs points de vue et instaurent un rythme haletant, presque addictif. J'ai aimé cette façon de nous faire avancer sans jamais tout dévoiler, en gardant toujours une longueur d'avance sur nos certitudes, jusqu'à un dénouement aussi surprenant que redoutable.

Au-delà de l'intrigue, c'est la Guyane elle-même qui donne au roman sa véritable épaisseur. L'auteur ne se contente pas d'un simple décor exotique : il livre un portrait documenté et sans complaisance de la Guyane, entre orpaillage clandestin, trafics, corruption et violences faites aux populations amérindiennes. Cette matière sociale, loin d'alourdir l'intrigue, lui confère une densité et une gravité supplémentaires, transformant le thriller en un texte plus ample, presque politique. La faune et la flore locales, tour à tour fascinantes et inquiétantes, participent pleinement à cette atmosphère oppressante.

Noir, intense, parfois éprouvant, le roman n'oublie pourtant pas l'humain, incarné par quelques figures lumineuses au milieu de cette violence et de cette cupidité. Un gros coup de coeur pour cette plongée aussi fascinante qu'inquiétante, et cette enquête qui ne laisse que peu de répit.

 

Citations : 

 

quote leftPaul Kessler pénétra dans le bureau d’Erika Schaeffer, la cheffe de la Crim lyonnaise, en essayant d’oublier qu’il avait été le patron, ici, autrefois. Aujourd’hui, les visages qui s’étaient levés vers lui à son arrivée dans les locaux lui étaient totalement inconnus. Il élimina aussi de ses pensées tout souvenir parasite de la liaison qu’il avait entretenue avec elle, une quinzaine d’années plus tôt, et qui avait abouti à une séparation houleuse qu’elle avait mis une éternité à lui pardonner.


Dans la cabine, Akhremenko appuya sur le bouton du troisième et dernier étage et sifflota de contentement. La journée s’était déroulée sans accroc, ses affaires prenaient de l’ampleur et les bénéfices étaient devenus mirobolants en moins de deux ans. D’ici quelques mois, il aurait assez d’argent pour vivre mille ans sans avoir à faire quoi que ce soit.


Quand le dernier arbre aura été abattu,
Quand la dernière rivière aura été empoisonnée,
Quand le dernier poisson aura été pêché,
Alors on saura que l'argent ne se mange pas.

 

 

17 septembre 2026

Des femmes sans bouche

Je remercie Le site Babélio et sa #massecritique

ainsi que  les Editions Harper Collins  

pour cette nouvelle lecture.

 

 

 

 Maud Jan-Ailleret

 
Biographie de l'auteure
 
Maud Jan-Ailleret est romancière et scénariste. Son premier roman, Donne-moi des fils ou je meurs (Grasset, 2019), est en cours d'adaptation au cinéma.
 
 
 
 
Présentation de l'éditeur

 

« Je hoche la tête sans répondre. Ce n'est pas l'avion qui me terrifie. C'est cette transmission silencieuse, de mère en fille, cette peur de déranger, de faire des vagues, inscrite profondément dans mon caryotype. Le chromosome du silence forcé. »

 

À quarante-deux ans, Camille pense avoir verrouillé sa vie comme elle soigne ses patientes : avec précision et détachement. Gynécologue obstétricienne dévouée, elle aide les autres femmes à donner la vie tout en gardant la sienne à distance raisonnable du chaos. Mais lorsque Henri, las d'attendre un engagement qui ne vient pas, la quitte brutalement, sa carapace se fissure. Pourquoi l'idée de devenir mère la paralyse-t-elle autant ?

Camille se lance alors dans une quête vertigineuse : démêler les secrets et les traumatismes qui se transmettent de mère en fille dans sa famille. De Belle-Île-en-Mer aux rives du Mékong, en passant par les heures sombres de la Seconde Guerre mondiale, Camille tisse un fil qui la mènera bien plus loin qu'elle ne l'imaginait.

Des femmes sans bouche est une fresque familiale bouleversante sur la transmission et la résilience, qui nous rappelle que, pour avancer, il faut parfois oser regarder en arrière et, surtout, se parler.

 


 
Ma chronique : 

 

Je referme ce livre avec l'impression d'avoir vécu trois vies de femmes en même temps, et d'en ressortir un peu chamboulée.

Camille, l'héroïne est dans la quarantaine et exerce un métier qu'elle aime profondément : gynécologue-obstétricienne, elle passe ses journées à accompagner d'autres femmes vers la maternité, sans avoir jamais réellement tranché la question pour elle-même. Une fracture de la cheville, la veille d'un départ pour Compostelle, va tout enrayer. Son compagnon part sans elle, à bout de patience face à ce qu'il perçoit comme un refus permanent de s'engager. Seule et immobilisée, Camille n'a plus d'échappatoire.

C'est là que le roman prend toute sa force : Camille cesse de soigner les autres pour enfin s'occuper d'elle-même. Sa quête la mène vers sa mère, puis sa grand-mère, et dessine peu à peu une cartographie familiale faite de silences, de non-dits et de blessures transmises sans jamais être nommées. Ce n'est pas seulement l'histoire de Camille qu'on lit, mais celle de trois femmes différentes, chacune prisonnière à sa façon des secrets de celle qui l'a précédée.

Ce qui m'a le plus touchée, c'est la façon dont le texte reste tout du long ancré dans la tête de Camille : on suit sa progression presque en temps réel, ses doutes, ses petites avancées, ses résistances. L'écriture, simple et efficace, rend cette immersion facile, et les pages se tournent vite malgré la densité du sujet.

Je nuancerai sur deux points. D'abord, la voix des carnets de la grand-mère m'a semblé parfois trop assurée pour une adolescente de quinze ans, même si le contexte historique peut l'expliquer. Ensuite, le traitement de la maternité m'a laissée un peu perplexe : le désir d'enfant de Camille semble n'émerger qu'une fois ses blessures dépassées, comme si guérir menait forcément à ce choix-là.

Cela reste un très beau roman sur l'héritage, la transmission et ce que le silence peut faire à plusieurs générations de femmes. Une lecture sensible qui rappelle combien les silences peuvent traverser les générations, mais aussi combien il est possible, un jour, de leur donner une voix.

 

 

 

Citations: 
 
 
 

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On meurt en laissant des silences monstrueux ou des paquets de noeuds que d'autres vont devoir défaire, même des générations plus tard. N'importe quel tout-petit qui vient de naitre est déjà vieux de milliards d'années.


Si la vérité ne lui est pas dite, un enfant a souvent l'intuition de son histoire. 

 

 

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16 septembre 2026

Début de printemps

Je remercie les éditions La Table Ronde

 

collection La petite vermillon pour cette nouvelle lecture.

 

 

 

Traduction (Anglais) : Michèle Lévy-Bram

 

 

© Photo12/Alamy/Fanny Dubes

 

Penelope Fitzgerald

 

Biographie de l'auteure :
 
 

Titulaire des plus hautes récompenses littéraires britanniques, considérée dans son pays comme une romancière et biographe de premier ordre, Penelope Fitzgerald est célèbre pour son humour froid et sa prose raffinée. Ce n’est qu’à soixante ans qu’elle a commencé sa carrière littéraire. Auparavant elle a été journaliste à la BBC, a créé une revue littéraire avec son mari, puis a animé une librairie. Elle est l’autrice de neuf romans et de trois biographies. Elle est morte en 2000 à quatre-vingt-trois ans.

 

 

 

 

 
Présentation de l'éditeur
 

 

Rien ne semble troubler la paix de Hardborough, aimable bourgade de l'East Anglia. Mais Florence Green, une jeune veuve, a décidé d'y ouvrir une librairie, ce qui déplaît aux notables de la ville. Florence voulait créer innocemment un lieu de sociabilité inédit ; elle découvre l'enfer feutré des médisances. Puis l'ostracisme féroce d'une partie de la population. Surtout lorsqu'elle s'avise de mettre en vente Lolita, le sulfureux roman de Nabokov. Alors, la guerre est déclarée, les clans s'affrontent, les personnages révèlent leur acrimonie. Florence sera très seule pour affronter le conformisme ambiant.

 

 

 
 
Ma chronique : 
 

À Moscou, en 1913, Frank Reid mène une vie entre son imprimerie, ses trois enfants et une maison animée par les domestiques. Pourtant, tout bascule lorsque sa femme Nellie disparaît, laissant trois enfants qu’elle finit par lui rendre. Frank doit alors composer avec cette nouvelle réalité, tandis qu’une jeune gouvernante, Liza, entre dans leur quotidien.

Avec Début de printemps, Penelope Fitzgerald propose un roman qui semble raconter une histoire familiale simple. Pourtant, sous cette apparente tranquillité, les non-dits, les tensions et les bouleversements rendent le récit plus profond.

J’ai particulièrement aimé les enfants, dont les réactions et les paroles révèlent énormément sur les adultes qui les entourent. La petite Annushka, réclamant tout haut son affection pour l’oncle Charlie venu d’Angleterre, en dit plus sur l’enfance et le besoin d’approbation paternelle que des pages entières d’analyse psychologique. Les enfants Reid, dépeints avec justesse, ont une place importante dans le roman, et l’on regrette que Fitzgerald ne s’y attarde pas davantage.

Mais ce qui m’a surtout impressionnée, c’est la Russie que l’autrice fait revivre. Moscou apparaît à travers les odeurs, les repas, les relations sociales et les détails du quotidien. Derrière cette vie ordinaire se profilent les bouleversements historiques qui approchent. Le roman se déroule à la veille de la révolution russe, et cette connaissance de ce qui va arriver donne à chaque page une tension.

Avec une écriture précise, sobre et riche, elle en dit beaucoup avec peu de mots et laisse une large place au lecteur.

L’essentiel se joue aussi dans l’attirance muette entre Frank et Liza, la gouvernante. Deux mondes coexistent qui s’ignorent et pourtant se répondent : celui des hommes, de leurs affaires et de leurs rivalités, et celui, plus secret, du désir, des domestiques et des silences.

Au fond, ce foyer qui s’effondre annonce l’effondrement plus vaste qui menace la ville entière. Un roman dense sous son apparente simplicité, porté par une prose économe et une connaissance du cœur humain.

 
 
 
Citations :
 

quote left

 


 

 

 

 

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15 septembre 2026

Les Rakaï de la récré

Je remercie Alice Jeunesse pour l'envoi de ce titre.

 

Jérôme Camil

 

Jérôme Camil imagine et illustre des albums hauts en couleurs, loufoques, bourrés d’humour avec des chutes surprenantes qui ne laisseront pas indifférents petits et grands.

Il quitte la Côte d’Ivoire en 1991 et pose ses valises à Marseille où il développe et s’implique dans de nombreux projets associatifs, des projets culturels, puis, de santé communautaire.

Avant d’intervenir dans les écoles et bibliothèques pour ses livres, il anime des séances de théâtre forum et des groupes de paroles sur les relations filles-garçons et sur les assignations de genre pour les enfants de 6 à 16 ans

 

 

Présentation de l'éditeur : 

 

 

 

Un album qui aborde avec humour les assignations de genre chez les garçons et les filles.

Le chef de la bande des Rakaï c'est Timothé... pardon T-Rex. Mais pour
imposer le respect dans la cour de récréation, il faut des muscles. Pour
ça, ils ont Igor. Sauf qu'aujourd'hui c'est le jour du carnaval, et le
moins que l'on puisse dire, c'est que le déguisement d'Igor ne va pas
faire l'unanimité.

 

 

 

 

 

 

 

 

Ma chronique :

 

 

 

Dès les premières pages, cette histoire m’a fait sourire avec son petit groupe de garçons qui se donne des airs de gros durs. À leur tête, Timothée, alias T-Rex, et ses copains se sont autoproclamés « les Rakaï ». Ils ont même leur banc attitré dans la cour, celui des « nuls » devenu, par la magie du marqueur, celui des Rakaï. Une petite bande qui semble très sûre d’elle… du moins en apparence !

Parmi eux, il y a les jumeaux Dark et Vador, Black Panther et surtout Igor, arrivé en cours d’année et encore peu à l’aise avec le français. Et puis il y a Myriam. Elle, évidemment, ne peut pas faire partie de la bande : c’est une fille ! Cette idée, qui paraît évidente aux garçons, permet à l’histoire d’aborder avec humour les stéréotypes entre filles et garçons, les différences et la façon dont on peut facilement mettre les autres à l’écart.

Le carnaval de l’école va pourtant venir bousculer les certitudes de cette petite bande. Les Rakaï ont décidé de se déguiser en personnages inquiétants, tout de noir et de rouge. Tous respectent la consigne… sauf Igor, qui arrive dans un tutu parce qu’il a tout simplement envie de se déguiser en danseuse. Et finalement, ce choix inattendu va contribuer à faire tomber quelques barrières.

J’ai aimé la manière dont Camil Jérôme aborde des sujets importants sans donner de leçon. L’humour, les illustrations et les situations de cour de récré rendent le message accessible aux enfants. Les différences, les préjugés, l’exclusion, mais aussi le droit d’être soi-même trouvent naturellement leur place dans cette histoire.

Et quand une balle perdue permet finalement de réunir tout le monde autour d’une partie de foot, on comprend que les règles peuvent parfois être beaucoup plus simples qu’on ne le pense : jouer ensemble, tout simplement !

 

 

 

 

 

 

15 septembre 2026

L'empire de l'automne - Livre 1 Le clan des feuilles mortes

Je remercie les Editions Gallmeister pour cette nouvelle lecture. 

 

 

A.S. TAMAKI

 

Biographie de l'auteur
 
 

A.S. TAMAKI est un auteur américain d’origine japonaise. Il peut retracer son ascendance jusqu’aux clans mêmes qui ont combattu durant l’une des guerres civiles ayant émaillé l’histoire de l’Empire japonais, source d’inspiration de son oeuvre. Son premier roman, Le Clan des feuilles mortes, et le premier tome d'une trilogie intitulée L'Empire de l'automne.

 

 

 
Présentation de l'éditeur
 
 

On dit que l’empire a retrouvé la paix. On dit que les luttes fratricides sont terminées. Mais ce qui a été brisé à Azemichi ne veut pas mourir. Aujourd’hui, dieux et démons marchent parmi les hommes. Et une tempête se prépare.

Sen est un prince en exil, rare survivant d’un clan qui a été décimé quand son père s’est rebellé contre l’empire dix-sept ans plus tôt. Privé de son héritage, il est déterminé à réparer les crimes du passé, quel qu’en soit le prix. Rui est une paysanne dont le sort est inextricablement lié à celui de Sen depuis qu’elle lui a sauvé la vie. À la dérive, elle ne parvient pas à trouver sa place dans un monde qui semble ne pas vouloir d’elle – jusqu’au jour où un acte irréparable la force à affronter son destin.

À présent, les intrigues politiques, la guerre civile naissante et l’ombre d’une vengeance divine menacent de plonger l’empire dans le chaos. Sen et Rui se lancent alors dans une quête qui leur permettra de restaurer leur honneur perdu.

 
 

 

 
 
Ma chronique : 
 

 

Préparez-vous à plonger dans une fantasy épique aux accents de Japon féodal, où les rivalités entre clans, les luttes de pouvoir et les anciennes rancœurs annoncent une guerre imminente. Moines guerriers, samouraïs, nobles, paysans, esprits et démons se côtoient dans un univers sombre où la violence n’est jamais très loin.

Ce qui m’a plu d’emblée, c’est cette immersion dans un Japon médiéval réinventé. L’histoire et les conflits du passé ne servent pas simplement de décor : ils continuent de peser sur le présent et donnent à cet univers une véritable profondeur. Les tensions entre les grandes familles, les questions de pouvoir, de naissance et de loyauté composent un échiquier politique complexe.

Le récit repose sur plusieurs points de vue, notamment ceux de Sen, héritier banni qui n'a jamais renoncé à laver le nom de sa famille, et de Rui, simple fille de la terre, dont le chemin croise le sien au fil d'événements qui les dépassent tous les deux. Ce choix permet d’observer les bouleversements depuis différentes strates de la société. J’ai aimé voir les conséquences des décisions des puissants sur ceux qui les subissent, et découvrir des personnages confrontés à des choix difficiles entre vengeance, devoir et bien commun.

En revanche, cette richesse a parfois été un frein. La multitude de personnages, de noms, de familles et de factions m’a demandé beaucoup d’attention, et certains points de vue manquent parfois de profondeur. Le démarrage m’a également semblé assez lent, l’intrigue prenant véritablement de l’ampleur dans la seconde moitié.

Malgré ces réserves, les derniers chapitres ont réveillé ma curiosité, notamment avec l’importance grandissante de la mythologie et des forces surnaturelles. Un premier roman ambitieux, dense et prometteur, qui m’a surtout donné envie de voir jusqu’où Tamaki emmènera cet univers.

 

 

 
Citations
 

quote left

Les anciens disaient que le passé ne disparaissait jamais ; peut-être avaient-ils raison. Il vit encore en nous, pensa-t-il. Chaque jour apporte son lot de fantômes. Chaque jour, les blessures se rouvrent.

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Libère toi des murs de ton propre esprit. Ne pense pas car tout est fugace et rien n'est réel. C'est notre esprit qui nous apporte de la souffrance et notre esprit l'absorbe en nous. Sors de ton esprit. Trouve la vérité

 

gallmeister

 

15 septembre 2026

Le goût de l'amitié

 

Je remercie les Editions Père Fouettard pour ce nouvel album.

 

Jesuso Ortiz

Jesuso Ortiz est un designer, illustrateur et photographe espagnol. Il adore mener des expériences, ce qui l’a conduit à ouvrir plusieurs comptes Instagram sur lesquels il s’adonne à différents exercices de style. Grâce à ses illustrations qui mêlent dessins et photo-graphies de fleurs, fruits et objets du quotidien, il invite ses deux cent trente mille abonnés à plonger dans son univers où les poires deviennent des pandas, les kiwis des parapluies et les roses des éléphants.

 

 

Louna Demir

Pour Louna Demir, la liberté a le goût d’un fruit mûri sous le soleil.
Elle en sent le parfum dès qu’elle joue les équilibristes lors des ateliers de cirque pour enfants qu’elle anime, quand elle milite pour le droit des femmes ou encore lorsqu’elle réalise son fameux entremets pêche verveine.
Avec Le goût de la liberté elle publie son premier album.

 

Présentation de l'éditeur : 

 

 

Quel goût a l'amitié ? Elle peut être... douce comme les pétales d'une fleur quand on rit aux éclats. Explosive comme l'orage quand elle gronde ou aussi duveteuse que la laine d'un mouton quand on en prend soin !

 
 

 

 

 

 

Ma chronique :

 

 

 

 

 

15 septembre 2026

La librairie

Je remercie les éditions La Table Ronde

 

collection La petite vermillon pour cette nouvelle lecture.

 

 

 

Traduction (Anglais) : Michèle Lévy-Bram

 

 

© Photo12/Alamy/Fanny Dubes

 

Penelope Fitzgerald

 

Biographie de l'auteure :
 
 

Titulaire des plus hautes récompenses littéraires britanniques, considérée dans son pays comme une romancière et biographe de premier ordre, Penelope Fitzgerald est célèbre pour son humour froid et sa prose raffinée. Ce n’est qu’à soixante ans qu’elle a commencé sa carrière littéraire. Auparavant elle a été journaliste à la BBC, a créé une revue littéraire avec son mari, puis a animé une librairie. Elle est l’autrice de neuf romans et de trois biographies. Elle est morte en 2000 à quatre-vingt-trois ans.

 

 

 

 

 
Présentation de l'éditeur
 

 

Rien ne semble troubler la paix de Hardborough, aimable bourgade de l'East Anglia. Mais Florence Green, une jeune veuve, a décidé d'y ouvrir une librairie, ce qui déplaît aux notables de la ville. Florence voulait créer innocemment un lieu de sociabilité inédit ; elle découvre l'enfer feutré des médisances. Puis l'ostracisme féroce d'une partie de la population. Surtout lorsqu'elle s'avise de mettre en vente Lolita, le sulfureux roman de Nabokov. Alors, la guerre est déclarée, les clans s'affrontent, les personnages révèlent leur acrimonie. Florence sera très seule pour affronter le conformisme ambiant.

 

 

 
 
Ma chronique : 
 
 

En 1959, à Hardborough, petite ville côtière du Leicestershire où tout semble figé, Florence Green décide d’ouvrir une librairie. Veuve depuis peu, elle investit le peu d’argent dont elle dispose dans une vieille maison que personne ne semble vraiment vouloir, notamment parce qu’elle serait hantée. Florence ne se doute pas encore que les fantômes ne seront pas forcément les obstacles les plus difficiles à affronter.

Car dans cette petite ville, chacun semble avoir son mot à dire. Florence dérange, sans vraiment comprendre pourquoi. Son projet fait de l’ombre à certains habitants et surtout à Mme Gamart, femme influente qui aurait d’autres projets pour la vieille maison. Les petites manœuvres, les non-dits et les pressions vont peu à peu se multiplier autour de cette libraire qui ne demande pourtant qu’à faire vivre son commerce.

J’ai aimé l’humour très britannique de Penelope Fitzgerald et son regard parfois mordant sur cette petite communauté où les apparences et les convenances comptent beaucoup. Florence m’a touchée par son courage et sa ténacité. Elle avance avec une certaine naïveté, mais aussi avec cette capacité à continuer malgré les difficultés. J’ai également aimé les personnages qui viennent l’aider, notamment la jeune Christine et l’étrange Edmund Brundish, deux personnalités très différentes mais attachantes.

Puis il y a l’arrivée de Lolita, le roman de Nabokov, qui va donner une nouvelle dimension à la librairie. Le livre devient soudain l’objet de toutes les attentions et Florence se retrouve au centre d’une agitation qu’elle n’avait certainement pas imaginée.

La Libraire est un court roman qui parle finalement moins de livres que de pouvoir, de conformisme et de liberté. Je ne m’attendais pas à un dénouement aussi radical. Fitzgerald ne cherche visiblement pas à nous offrir la fin que l’on espère, mais plutôt à montrer jusqu’où une petite communauté peut aller lorsqu’une personne ose sortir du rang. 

 
 
 
Citations :
 

quote left

Cher M. Thornton,
Un bon livre est l'élément vital et précieux d'un esprit supérieur ; il est embaumé et chéri pour attendre une vie située au-delà de la vie. En tant que tel, on peut sûrement le considérer comme une denrée de première nécessité, non ?
Sincèrement vôtre,
Florence Green.


Elle avait le cœur tendre, ce qui ne sert guère l’instinct de conservation. Déjà entre deux âges, elle vivait depuis plus de huit ans à Hardborough, sur la petite somme d’argent que lui avait laissée son défunt mari. Récemment, elle en était venue à se demander si elle n’avait pas le devoir de se convaincre, et peut-être d’en convaincre les autres, qu’elle existait à part entière. La survie, voilà, souvent, tout ce à quoi on aspirait dans l’air pur et froid de l’East Anglia. Mourir ou guérir : c’était la devise des autochtones – soit on vivait très vieux, soit on était vite expédié sous la tourbe salée du cimetière.

 

 

 

Capture d’écran 2022-04-22 135421

 

15 septembre 2026

Visez la lune !

 Je remercie les Editions du Ricochet pour cette nouvelle lecture. 

 

 

Nicolas Beck

Après sa formation en Sciences de la Terre et de l’Univers, Nicolas Beck s’est tourné vers la médiation scientifique pour partager la science avec un large public et rester en contact avec le monde de la recherche. Il aime partager sa passion de l’exploration spatiale sous forme d’ateliers et de conférences. Auteur de plusieurs ouvrages de vulgarisation sur la planète Mars et la Lune, il aime l’idée selon laquelle les sciences et les livres peuvent parfaitement se combiner !

 

Céline Manillier

 

Diplômée des Beaux-arts de Saint-Étienne, Céline Manillier est passionnée de dessins de presse, de BD et d’illustrations jeunesse. Elle est sous le charme des dessins qui bougent ! Avec ses mots, elle donne à ses personnages une grande force émotionnelle. Côté illustrations, elle aime travailler avec les matériaux qui lui tombent sous la main : peinture, aquarelle, café…

 

 

 

Présentation de l'éditeur
 
 
 
 
 

Décollage immédiat, vers la Lune !

Elle apparaît chaque soir dans le ciel et disparaît au petit matin... Parfois ronde comme un ballon, parfois fine comme un croissant... La Lune cache bien des secrets ! Née il y a 4,5 milliards d'années de débris de roches rassemblés dans l'espace, elle a longtemps nourri l'imagination et les fantasmes des scientifiques !

 

 

 

 

 
Ma chronique : 
 
 

Un livre qui m'a donné envie de sortir observer le ciel dès la dernière page tournée. C'est le genre de livre qu'on ouvre pour les enfants et qu'on finit par lire en entier, happé malgré soi.

Dès le départ, on sent que les auteurs ne veulent pas nous asséner un cours magistral. Ils partent d'un constat tout simple : cette Lune qu'on croise chaque soir, ronde ou filiforme, on ne sait finalement pas grand-chose d'elle. Puis on remonte le temps jusqu'à cette collision cosmique un peu folle qui, il y a 4,5 milliards d'années, aurait vu un caillou percuter une Terre encore en fusion, projetant dans l'espace les débris à l'origine de notre satellite. Racontée ainsi, la naissance de la Lune prend des allures de récit d'aventure.

J'ai beaucoup aimé le petit détour par les noms qu'on lui a donnés à travers les cultures, Séléné, Hina, Hécate. Ça rappelle que la Lune a toujours fasciné, bien avant qu'on sache comment elle s'est formée. Le livre décrit ensuite sa surface avec beaucoup de précision, ces massifs baptisés Alpes ou Pyrénées par des astronomes un brin nostalgiques, ses mers lunaires, ses volcans endormis, tout un paysage silencieux qu'on imagine sans peine grâce aux illustrations. Et cette histoire d'attraction entre la Terre et la Lune, ce ballet où l'une ne montre jamais qu'une seule face à l'autre, est expliquée avec une simplicité qui parle autant aux petits qu'aux grands curieux.

Mention spéciale aux illustrations de Céline Manillier, tout simplement magnifiques. Ses teintes argentées et ses clairs-obscurs donnent à chaque page cette atmosphère feutrée et un peu mystérieuse qu'on associe à l'espace, sans jamais alourdir le propos.

Bref, un documentaire jeunesse qui se dévore avec plaisir et qui donne, une fois refermé, une folle envie de lever le nez vers le ciel.

 

 

 

 

 

 

 

editions du ricochet

 

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