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L'atelier de Litote

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17 octobre 2026

Tokyorama

Je remercie les Editions Albin Michel pour cette nouvelle lecture. 

 

 

 

Jean-Christophe Grangé

 

Biographie de l'auteur
 

Depuis plus de trente ans, l'auteur du Vol des cigognes et des Rivières pourpres est l'un des maîtres du thriller français. Traduits dans une trentaine de langues, vendus à des millions d'exemplaires dans le monde, les romans de Jean-Christophe Grangé ont presque tous été adaptés au cinéma ou à la télévision.

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur

 

Un thriller palpitant, semé de fausses pistes. Avantages

 

Oubliez tout ce que vous croyez savoir sur Tokyo : tout est faux.La mégapole n'est ni la fourmillière qu'on vous montre, ni le musée à ciel ouvert qu'on vous vante. Certes, Tokyo est la capitale de la mémoire et de la modernité mais elle est aussi, en mode mineur, la cité du vice et de la perversion, le fief de tous les excès et de toutes les folies.

Quand Stéphane Madryka, détective privé spécialisé dans l'adultère, décide d'enquêter sur la mort d'un homme d'affaires dans un bar à hôtesses, il est loin de se douter qu'il a signé un contrat avec le diable. Comme dans l'enfer de Dante, il va plonger dans les cercles maléfiques de la ville furieuse, traversant ces anneaux hallucinés comme autant d'épreuves à fleur de feu.

S'il n'avait eu que le sang comme seul fil rouge, peut-être aurait-il abandonné... Mais justement, son guide n'est pas la mort, mais l'amour. Après tout, chaque nuit, ses rêves le lui murmurent : « Les plus belles, ce sont les Japonaises... »

 

 

 

 

 

 Ma chronique : 

 

Je pensais avoir une idée de Tokyo, entre enseignes lumineuses, foules disciplinées et politesse omniprésente. Avec Tokyorama, Jean-Christophe Grangé m’a fait découvrir une autre facette de la capitale japonaise, celle des nuits troubles, des plaisirs cachés et d’une violence qui se dissimule derrière les apparences.

Stéphane Madryka, Français et ancien policier, vit au Japon depuis des années et gagne sa vie en filant des conjoints infidèles. Son dernier client l’amène dans un cabaret d’hôtesses tenu par Mama San, juste au moment où l’on y découvre le cadavre d’un industriel, lardé de coups de couteau. Les morts s’enchaînent ensuite, dont celle d’une jeune femme retrouvée la tête prisonnière d’un bloc de béton. Entre Kenta, son assistant, et Kumera, l’inspecteur qui ne le lâche pas d’une semelle, le détective se retrouve projeté bien loin des disputes de couples.

L'auteur orchestre cette plongée comme un voyage en enfer, où l’ombre de Dante plane sur chaque nouveau cercle. La ville elle-même devient un personnage : elle se métamorphose d’un quartier à l’autre, d’une heure à l’autre, et plus Madryka s’y enfonce, moins il sait où poser les pieds. J’ai été séduite par cette atmosphère et par la découverte des coutumes japonaises, des codes sociaux, de la gastronomie et des lieux de divertissement, qui occupent une place importante dans le récit.

Madryka m’a moins convaincue. Sa flasque, toujours à portée de main, finit par ressembler à un cliché du polar plutôt qu’à l’expression d’une véritable souffrance. Quant au secret qui l’a poussé à quitter la France, il n’a pas été à la hauteur de mes attentes. Autour de lui, les figures secondaires m’ont laissée sur ma faim : on les devine riches, mais on ne fait que les croiser.

Côté intrigue, la machine démarre tard. Pendant de longues pages, le roman préfère nous entraîner sur de nombreuses fausses pistes plutôt que nous conduire directement vers le coupable. Quand la tension s’installe enfin, elle ne lâche plus, et le dénouement est à la hauteur.
C’est un livre qui éblouit par son décor plus qu’il ne touche par son personnage. Mais quel décor.

 

 Citations : 

 

 

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Les bonnes manières…

Elles existent partout dans le monde, mais au Japon, elles sont pléthoriques, et même névrotiques. Et surtout non négociables. On appelle ça le reigi. Si vous ne les respectez pas, le pays vous recrachera comme le noyau d’un fruit pourri.


Hormis son goût pour les vêtements seventies et les idées radicales, Kenta a une autre particularité : il passe ses loisirs à assembler des puzzles blancs. Oui, blancs : les plus durs, les plus complexes…

Cette activité me fascine. J’y vois une sorte d’analogie avec nos dossiers – ou plutôt avec les enquêtes policières en général. Un puzzle blanc, il faut d’abord l’attaquer large, par les bords, puis, peu à peu, progresser vers l’intérieur en groupant les pièces qui ont un air de famille…


Les pièces de ma maison sont minuscules – un avantage quand on se réveille dans mon état. Un angle, une embrasure, j’y suis. D’une main, je soulève l’abattant et agrippe le rebord en plastique de la cuvette. Spasme sourd. Convulsion brûlante. Une fois. Deux fois. Trois fois. Chaque contraction est pire que la précédente. Chaque giclée me blesse un peu plus. Le geyser bruisse à l’intérieur de ma tête, façon cataracte.

 

Albin michel

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16 octobre 2026

Les Chemins de Saint-Jacques de Compostelle

Je remercie les Éditions De Borée pour ce partenariat.

 

 

 

Bernard Briais et Jean-Paul Paireault

 

Originaire de Touraine, professeur certifié d'histoire et écrivain, Bernard Briais est l'auteur d'une cinquantaine d'ouvrages principalement consacrés à des sujets historiques comme Les Templiers, Jeanne d'Arc en Touraine, Les Contrebandiers du sel ou Un dossier noir de la Résistance : le maquis Lecoz, etc. Ses textes de pièces de théâtre et de spectacles historiques ont surtout été joués dans le cadre de la citadelle royale de Loches.

Jean-Paul Paireault, photographe-reporter (Magnum et Gamma), a mené une carrière couronnée de plusieurs récompenses internationales. Parti sur les chemins vers Compostelle, il a promené son œil de photographe aguerri sur les trésors et les moments d'exception qui rythment les pas des jacquaires...

 

 

 Présentation de l'éditeur

 

 

Depuis des siècles, partis de toute l'Europe, des croyants marchent vers une destination commune, animés d'un même espoir. Au bout de leur quête, une « Terre Promise », Saint-Jacques de Compostelle ! Ces routes suscitent un engouement toujours plus vif pour les marcheurs du XXIe siècle et comblent leurs quêtes personnelles, aussi différentes soient-elles, entre traditions et modernité. Tours, Vézelay, le Puy-en-Velay, Toulouse et le Chemin Français en Espagne, ces grands itinéraires, ainsi que d'autres parcours moins fréquentés, sont les témoins de ce qui représente une aventure majeure pour tous les candidats au départ.

 

 

 

 

 

 

Mon avis :

 

 

Dès les premières pages, une carte de France nous montre les différents points de départ : Paris, Vézelay en Bourgogne, Le Puy-en-Velay et Arles. Tous ces chemins convergent vers le sud, du côté du Pays basque et de la frontière espagnole. J'ai trouvé ce repérage très instructif : on visualise d'un coup d'œil l'ensemble du parcours.

Voici un beau livre qui fait de Compostelle une invitation au voyage. Premier itinéraire culturel européen, destination mythique pour les marcheurs, le chemin se dévoile ici à travers plus de trois cents photographies superbes. Les images plongent le lecteur dans un voyage hors du temps, où paysages, patrimoine et spiritualité se mêlent à chaque étape.

L'ouvrage s'ouvre sur une partie historique très bien expliquée, consacrée aux débuts des pèlerinages vers Saint-Jacques. Pièces anciennes des XVIe et XVIIe siècles, peintures, sculptures, bornes et statues de pèlerins en Galice illustrent ce riche passé. Puis le voyage commence. J'ai pris beaucoup de plaisir à découvrir les églises, cathédrales, portails et vitraux qui jalonnent les itinéraires. Certains détails, comme les fers à cheval gravés sur les murs d'un hôpital ou la coquille Saint-Jacques, rappellent sans cesse la dimension spirituelle du chemin.

De ville en ville, comme les pèlerins eux-mêmes, on suit les principales étapes. Cette approche, qui m'a fait penser à une carte routière, donne l'impression de cheminer réellement.

Mon seul regret : j'aurai aimé plus de témoignages de pèlerins. Leurs voix auraient apporté une dimension plus humaine à ce parcours.

Reste cette dernière page que j'ai adorée, avec les dates et les cachets recueillis au fil des haltes, indispensables pour obtenir la Compostela. Une sorte de passeport du voyage, qui garde la trace du chemin parcouru, et du chemin spirituel accompli.

Un ouvrage à offrir, ou à s'offrir, avant de partir.


 

 

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15 octobre 2026

Accident(s)

Je remercie les Editions Belfond pour  l'envoi de ce nouveau titre. 

 

 

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Sophie Loubière 

 

 

Biographie de l'auteure

 

Sophie Loubière est une grande voix du roman noir français. De son métier de journaliste, elle a conservé la rigueur, la curiosité, la nécessité de transmettre. Depuis son premier ouvrage publié en 1999, inspiré de faits réels, elle se joue des codes du roman noir, du fantastique ou de l'autofiction. Elle a signé une quinzaine de romans, deux recueils de nouvelles et de nombreuses fictions radio. En 2011, L'Enfant aux cailloux (Fleuve Noir), plusieurs fois primé, lui vaut une reconnaissance internationale. Succès confirmé en 2020 avec Cinq Cartes brûlées (Fleuve Noir), récompensé par trois prix littéraires, dont le prix Landerneau polar, puis en 2024 avec son roman d'anticipation Obsolète (Belfond), comparé à La Servante écarlate de Margaret Atwood, qui aborde l'obsolescence des femmes de plus de cinquante ans et celle de la planète. En 2025 paraît son ouvrage de non-fiction Une minute de silence (Dark Side), qui sonde les méandres d'un féminicide commis par un homme politique français. Avec son nouveau roman, Accident(s), Sophie Loubière renoue avec le thriller psychologique dans une enquête palpitante le long de la mythique nationale 7.

En plus de son activité d'autrice, elle s'engage dans des actions sociales auprès de publics fragilisés, œuvrant à la promotion de la lecture, au soutien des auteurs et de la culture. Tous ses ouvrages sont disponibles aux éditions Pocket.

 

 

 

Présentation de l'éditeur

 

 

Après son grand roman d'anticipation Obsolète, Sophie Loubière décortique l'intime et use comme jamais de ses talents de manipulatrice.

Après une collision qui a failli lui coûter la vie, l'autrice de romans noirs Cécile Varennes voit son monde se fracturer une nouvelle fois lorsque la voiture de son père est retrouvée calcinée au fond d'un bois, près de Nevers. L'enquête conclut à un accident. Cependant, une valise cachée dans la maison du défunt raconte une autre histoire.
À l'intérieur, des coupures de presse faisant mention de disparitions et de meurtres survenus le long de la nationale 7. La même route où ont péri la mère et le petit frère de Cécile, trente ans plus tôt.
Ce que son père traquait, elle l'ignore.
Mais ce sera le moteur de son prochain polar.
Désormais incapable de tenir un volant, la romancière fait appel à Tristan Frato, un ancien photoreporter devenu journaliste dans la Nièvre, pour arpenter les 996 kilomètres de la route bleue. Un homme dont le passé pourrait bien télescoper le présent de la " reine du crime ".

Vérités enfouies, meurtres en héritage... De Paris à Nice plane l'ombre d'un mensonge. Et si la quête de Cécile la conduisait droit dans le mur ?

 

 

 

 

 

Ma chronique : 

 

Il suffit parfois d’un accident pour faire vaciller toute une existence, et c’est ce qui m’a captivée dès les premières pages. Cécile Varennes, autrice de romans policiers à succès, a perdu sa mère et son petit frère sur la route, trente ans plus tôt. Un nouvel accident l’a ébranlée, et la voilà sans mots, incapable d’écrire.

Quand elle apprend la disparition de son père, qu’elle n’a pas revu depuis dix-sept ans, Cécile retourne dans la maison familiale, près de Nevers.Sa mort, considérée accidentelle, devrait tout clore. Mais une valise cachée change la donne : elle contient des coupures de presse sur des disparitions et des meurtres le long de la nationale 7. Je me suis demandé, comme elle, pourquoi son père s'y intéressait. Et quel rapport avec le drame qui a brisé son enfance ?

Accompagnée d'un journaliste-photographe, Cécile prend alors cette route mythique, de Paris vers le Sud, à la recherche d'une vérité qui se dérobe. Je l'ai suivie pas à pas, avec le sentiment que mes propres repères flanchaient en même temps que les siens.

Ce qui m'a séduite, c'est la construction de ce thriller psychologique, qui alterne l'enquête et des entretiens dont on ne saisit le sens que peu à peu. Ces passages m'ont mise mal à l'aise : je pressentais un drame, sans savoir lequel.

Sophie Loubière place le père et la fille face à face, comme en écho : le premier s'efface dans l'oubli, la seconde se heurte au silence, deux façons de perdre pied. Ce parallèle, tout en retenue, m'a touchée.

Cette route des vacances d'autrefois, avec ses haltes désertées et ses souvenirs en filigrane, m'a plongée dans une certaine nostalgie. Un conseil : ne cherchez pas trop à deviner où l'autrice veut vous mener. J'avais mes théories, je les croyais solides : elles n'ont pas tenu. Impossible d'en parler sans gâcher le plaisir : le dénouement m'a prise de court.

J'ai refermé le livre admirative, ravie de m'être laissé surprendre jusqu'au bout.

 

Citations : 

 

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 - C'est tout ?
- Les coupures de presse que mon père m'a transmises s'arrêtent là. Mais on peut supposer que le palmarès n'est pas complet.
- Combien de victimes, au total ?
- Une vingtaine.

__________________________________________

 

 Cécile étala les coupures de presse en demi-cercle sur le tapis au milieu de la pièce. Rien ne se détachait de ces drames dont certains se limitaient à quelques lignes dans la rubrique des chiens écrasés. Lieux, victimes, personnes mises en cause, circonstances, les affaires n’étaient pas reliées. À un détail près. Un détail qui allait bouleverser sa vision des choses.

 

 

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9 octobre 2026

Vite, à l’abri !

Je remercie Alice Editions pour l'envoi de ce titre.

 

 

Titre : Vite, à l’abri !

Texte : Florence Jenner Metz

Dessin : Philippe de Kemmeter

Éditeur : Alice Jeunesse

 

 

 

 

 

 

Philippe de Kemmeter

 

On ne présente plus Philippe de Kemmeter. Lauréat de plusieurs concours, il collabore depuis 1991 à de nombreux journaux et périodiques (Le Monde, Les Inrockuptibles, Télérama…).

 

Florence Jenner Metz

Certains naissent dans des roses ou des choux, d’autres dans les livres ou au moins semblent en tomber… Florence Jenner Metz est née à Strasbourg et, aussi loin que sa mémoire le lui permet, elle a toujours été entourée de livres et d’histoires. Enseignante en français à l’École supérieure du professorat et de l’éducation (ESPE) de Strasbourg, elle se passionne pour la littérature de jeunesse dont elle a fait sa spécialité et écrit pour les enfants depuis 2001. Elle est auteure de livres illustrés, de kamishibais et de petits romans.

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur : 

 

 

Une grotte + une tempête + des animaux effrontés = un album désopilant !

Un par un, plusieurs animaux s'entassent dans une grotte pour se mettre à l'abri de la tempête. Mais chacun et chacune a son petit caractère, et l'entente n'est pas évidente.

 

 

 

Ma chronique :

 

 

La pluie a parfois le don de rapprocher les animaux, même lorsque ceux-ci ne semblent pas décidés à partager leur abri !

Dans Vite à l’abri, Florence Jenner Metz nous entraîne dans une grotte où les visiteurs vont se succéder au fil de l’histoire. Tout commence avec Georgette, une chouette qui cherche à se protéger de la pluie et s’installe confortablement pour dormir. Mais voilà qu’un petit lapin accompagné de son chien vient la déranger. D’autres animaux arrivent bientôt, un blaireau, puis un sanglier. À chaque nouvel arrivant, les réactions sont peu accueillantes, alors que la grotte est suffisamment grande pour tout le monde. La situation prend une autre tournure lorsqu’un immense ours fait son apparition et revendique son territoire. Soudain, les occupants n’ont plus qu’une idée en tête : déguerpir !

J’ai beaucoup aimé l’humour de ce livre, notamment celui qui se glisse dans le texte. L’autrice s’amuse avec des expressions savoureuses comme « flûte de zut », « pet de mammouth » ou « crotte de biquette ». Tout un petit vocabulaire amusant que je vous laisse découvrir ! Ces formules font mouche auprès des enfants, qui ont beaucoup ri pendant la lecture. C’est typiquement le genre d’album que l’on prend plaisir à lire à voix haute, en jouant avec les mots et les intonations.

Les illustrations de Philippe de Kemmeter sont également très réussies. Elles apportent beaucoup de vie au récit, avec des personnages expressifs et des scènes pleines de mouvement. La répétition des arrivées, toujours sur le même principe, fonctionne à merveille. Elle entretient l’attente et prépare la chute avec efficacité.

Lorsque le soleil revient, les animaux se retrouvent pour partager un pique-nique dans la bonne humeur. J’avoue que j’aurais aimé voir l’ours les rejoindre, mais il reste seul dans sa grotte, regrettant leur départ.

Un album drôle et vivant, qui donne envie de rire avec les enfants tout en abordant, mine de rien, la place que l’on accorde aux autres.

 

 

 

 

 

 

Citations : 

 
 

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9 octobre 2026

Mouches

JE REMERCIE LES EDITIONS SLATKINE  POUR  CETTE NOUVELLE LECTURE.

 

 

 

Mélanie Richoz

 

 

Biographie de l'auteure

 

"Dans les moments creux, on dépose une poupée dans les bras de Mme Dumas. Une poupée aux yeux bleus avec de longs cils noirs. Ses paupières se ferment lorsqu’on l’allonge sur le dos. À mesure  de la bercer et d’embrasser son crâne en plastique, elle se tranquillise. On dirait que sa seule présence l’aide à recouvrer une sorte de paix."

Que nous réserve le passé ?

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur

 

 

 

Dans les moments creux, on dépose une poupée dans les bras de Mme Dumas. Une poupée aux yeux bleus avec de longs cils noirs. Ses paupières se ferment lorsqu'on l'allonge sur le dos. À mesure de la bercer et d'embrasser son crâne en plastique, elle se tranquillise. On dirait que sa seule présence l'aide à recouvrer une sorte de paix. Que nous réserve le passé ?

 

 

 
 
 
 
Ma chronique
 

 

Certains livres se lisent en une heure et se portent longtemps. Mouches, de Mélanie Richoz, a la taille d’un carnet : à peine plus de quatre-vingts pages, et pourtant tout un monde y tient.

On y suit Josiane, que le personnel appelle Mme Dumas. Atteinte de la maladie d’Alzheimer, elle vit dans une institution où le temps ne suit plus aucune ligne droite. Un matin, elle est la fillette qui vient de perdre sa mère ; le lendemain, une vieille dame qui cherche à qui appartient la chambre où elle s’éveille. Sur sa table de chevet, le portrait d’un bel homme la laisse perplexe : elle voudrait bien le rencontrer, ce monsieur. C’était Louis, l’amour de sa vie.

Ce qui m’a saisie, c’est la manière dont l’écriture reproduit cette dérive. Les phrases sont courtes, les chapitres éclatés, et le lecteur, comme Josiane, doit parfois deviner où il est et en quelle année. Mais on ne se perd jamais vraiment : on est tenu par la main. Un pas de côté, un blanc sur la page, et l’on comprend ce qu’aucun long paragraphe n’aurait su dire.

Ce sont les gestes minuscules qui m’ont le plus remuée. Une poupée glissée dans les bras de la vieille dame, qui retrouve aussitôt son calme. Une comptine, Colchiques dans les prés, fredonnée devant une infirmière, et le regard qui, un instant, se pose enfin. Dans ces scènes, personne ne fait de discours, et c’est précisément là que la gorge se serre.

Quant aux mouches, elles m’ont paru la meilleure image du livre : ces pensées qui s’envolent, se cognent, repartent, et reviennent toujours se poser au même endroit, malgré tout.

J’ai pensé à mes propres grands-parents en refermant ce livre. Je le conseillerais à ceux qui accompagnent un proche dont la mémoire s’en va : il ne console pas, mais il donne des mots à ce qu’on n’ose pas dire. Et il rappelle que derrière l’oubli, quelqu’un reste.

 

 

Citations : 

 
 

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Parfois, pendant la nuit, Mme Dumas crie. Elle essaie d'ouvrir la fenêtre, crie encore. Elle hurle aux abois. On ne comprend pas ce qu'elle dit. On ne comprend plus. Ses mots sont indistincts et ses phrases s'étouffent en sanglots devant cette maudite fenêtre impossible à ouvrir.
Emprisonnée dans une chambre inconnue, une minuscule chambre à l'air vicié et au lino brillant, elle s'accroche à son chapelet.


Le téléphone sonne, Mme Dumas ne décroche pas. Ne l'entend-elle pas ? Ne sait-elle plus l'utiliser ? Peut-être. Toujours est-il que depuis quelques semaines, elle ne touche plus à l'appareil...

 

 

 

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9 octobre 2026

West

Je remercie les Editions de la Table ronde 

 Collection Quai voltaire pour cette nouvelle lecture.

    • Traduction (Anglais) : David Fauquemberg
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Carys Davies

 

 

 

Un mot de l'autrice

 

Carys Davies a grandi au Pays de Galles puis dans les Midlands avant de partir aux États-Unis où elle a travaillé pendant douze ans.

Elle est l’auteure de trois romans dont le premier, West, a obtenu le Prix du livre de l’année au Pays de Galles. Publié en France en 2019 (Seuil), il avait reçu un excellent accueil dans la presse. Son deuxième roman, Le Voyage
de Hilary Byrd (Seuil, 2022), a été élu roman de l’année 2020 par le Sunday Times. Éclaircie a quant à lui été élu meilleur livre 2024 par de nombreux journaux et sélectionné pour de nombreux prix. Il sera traduit en huit langues. Ses nouvelles, récompensées elles aussi de nombreux prix, ont été diffusées sur BBC Radio 4 et publiées notamment dans Granta, The Dublin Review et The Stinging Fly. Elle vit aujourd’hui à Édimbourg.

 

 

 
 
Présentation de l'éditeur
 
 
 
 
Depuis la mort de sa femme, John Cyrus Bellman vit seul avec sa fille Bess dans leur ferme de Pennsylvanie. Résigné, il continue d’élever ses mules, n’attendant plus rien de l’existence. Jusqu’au jour où il apprend dans la gazette locale que de gigantesques ossements ont été déterrés dans le Kentucky.
Se pourrait-il que des créatures de cette taille vivent encore dans l’Ouest sauvage, au-delà du Mississippi ? Il doit en avoir le cœur net. Incapable d’expliquer la fièvre qui s’est emparée de lui, il confie Bess à sa sœur, rassemble le nécessaire à son voyage, prépare sa monture et, glissant la coupure de journal dans la poche de sa chemise, se met en route vers l’inconnu.

Premier roman de Carys Davies, West a obtenu le Prix du livre de l’année 2018 au pays de Galles.
 
 

 

 

 

 
Ma chronique : 
 

 

Depuis la mort d'Elsie, John Cyrus Bellman vit à moitié. Dans sa ferme de Pennsylvanie, entre ses mules et Bess, sa fille de dix ans, les jours se ressemblent, jusqu'à ce qu'un article de journal réveille en lui une obsession : des squelettes d'animaux gigantesques ont été découverts dans le Kentucky. Et si leurs semblables vivaient encore quelque part dans l'Ouest inexploré ? Il boucle ses bagages, confie Bess à sa sœur et s'en va. Je l'avoue, j'ai eu du mal à ne pas lui en vouloir dès cette première scène.

Accompagné d'un jeune Shawnee surnommé Vieille Femme de Loin, Bellman traverse des étendues immenses. Les semaines passent, les rencontres se succèdent, mais son objectif reste hors d'atteinte. On comprend vite qu'il ne court pas seulement après des animaux disparus. Il cherche aussi une raison de vivre, une façon de donner un nouveau sens à son existence. Ce personnage m'a agacée autant qu'il m'a attendrie, et c'est ce qui le rend si humain.

Pendant ce temps, Bess grandit à la ferme. Elle attend les lettres de son père et espère son retour, tandis que sa tante ne semble pas mesurer les dangers qui entourent la jeune fille. L'alternance entre le voyage de Bellman et l'attente de Bess installe une tension discrète, mais grandissante. J'ai tourné les pages avec inquiétude, redoutant les conséquences de cette absence.

Carys Davies signe un récit singulier, à la frontière du conte et du roman d'aventures. Son écriture sobre laisse respirer les paysages et fait ressentir la solitude d'un homme perdu dans l'immensité du continent.

Pourtant, je suis restée sur ma faim. Le rythme m'a parfois paru lent et je n'ai pas pardonné à Bellman son départ, même après avoir refermé le livre. Cette histoire m'a touchée par sa mélancolie et ses silences, sans parvenir à me convaincre totalement. Un roman bref et étrange, qui m'a séduite autant que déroutée et me laisse un sentiment de tristesse mêlé d'incompréhension.


 

 

 

Citations : 
 
 
 

John Cyrus Bellman était un homme de trente-cinq ans aux cheveux roux, grand et large d’épaules, avec de grosses mains, de longs pieds et une épaisse barbe d’un brun tirant sur le roux. Il gagnait sa vie en élevant des mules.
Il avait reçu une certaine éducation.
Il savait écrire, même si son orthographe était déplorable. Il lisait lentement mais plutôt bien, et il avait appris à Bess.
Il connaissait un peu les étoiles, ce qui pourrait lui être utile à un moment ou un autre, lorsqu’il s’agirait de se repérer dans le monde. Et au cas où ce savoir se révélerait trop maigre ou déficient, il avait récemment fait l’acquisition d’une boussole de petite taille mais, du moins l’espérait-il, fiable, qu’il avait montrée à Bess avant de partir – un instrument lisse, de la taille d’une prune, dans un boitier d’ébène polis, qui le moment venu, avait-il promis à sa fille, lui indiquerait, de son aiguille bleue tremblante, la direction de la maison.


D'aussi loin qu'elle s'en souvienne, elle s'est toujours posé plein de questions sur sa mère, et de plus en plus souvent elle pense à ce que racontent le pasteur et sa tante Julie, en espérant que c'est la vérité : que sa mère vit à présent dans un autre royaume. Un royaume avec une porte étroite et de belles maisons, des fontaines d'eau vive, un royaume ou il n'y a plus ni chaleur accablante ni nuit. Elle a demandé à son père, un jour, si ce que racontent le pasteur et sa tante Julie était vrai, et si sa mère vivait vraiment dans un autre royaume, et il a répondu : " Oh, Bess, je ne sais pas", mais il avait le regard un peu vide et cela faisait bien longtemps qu'il n'était plus allé à l'église avec elles, et Bess était à peu près certaine qu'en fait, sa réponse voulait dire que non.

 

 
 

 

Quai-Voltaire

9 octobre 2026

Ce qui nous unit

Je remercie les Editions Récamier pour ce partenariat.

Crédit photo:
©Melania Avanzato 

Françoise Bourdin

 

Biographie de l'auteure
 
 

Françoise Bourdin est née en 1952 à Paris et décédée en décembre 2022. Fille d'artistes lyriques, elle a grandi dans le monde enchanteur du spectacle. Elle a publié près d'une cinquantaine de livres et revendiquait d'écrire " des histoires qui nous ressemblent ". Sa générosité et son engagement dans les problématiques de notre époque en ont fait un auteur emblématique pour toutes les générations. Françoise Bourdin compte parmi les écrivains les plus vendus en France. Ses ouvrages sont traduits en douze langues et nombre d'entre eux ont été adaptés pour la télévision.

Frédérique Le Teurnier commence sa carrière en tant que comédienne.
Après une formation au Cours Simon et des études de lettres, elle fonde sa propre compagnie de théâtre en 2007 avant de se tourner vers la radio, en 2010, pour devenir animatrice et chroniqueuse.
Elle travaille pendant une dizaine d'années pour le groupe Radio France. Après un passage par Europe 1, elle s'installe dans le Sud de la France et travaille aujourd'hui pour la chaîne de télévision France 3/Ici Occitanie et pour la radio France Bleu/Ici Hérault.
Elle publie son premier roman,
Rendez-vous au Point Zéro, en 2023.

 

 

 
 
Présentation de l'éditeur

 

 

Inédit : L'ultime roman de Françoise Bourdin.

 

À Versailles, dans sa belle maison qu'elle partage désormais avec son second mari, Agathe tente de maintenir l'équilibre délicat d'une famille recomposée. Entre ses trois grands enfants –; Laurent, Juliette et David –;, la petite dernière, Roxane, et Hubert, son mari, chacun cherche sa place, son rôle, son espace vital.
Mais l'harmonie familiale est fragile. Hubert, chirurgien talentueux autant qu'autoritaire, supporte mal que le clan formé par Agathe et ses enfants lui résiste. Laurent, également chirurgien, étouffe sous l'influence de ce beau‑père qu'il n'a jamais tout à fait accepté. Juliette se bat pour lancer son cabinet de kinésithérapie malgré les difficultés. David, encore en quête de lui-même, oscille entre doutes professionnels et amours chaotiques. Et Roxane, trop protégée par ses parents, grandit en observant, sans toujours les comprendre, les tensions qui secouent la maison.
À cette famille déjà complexe s'ajoute Victor, l'ex‑mari d'Agathe, père aimant mais intrusif. Chacune de ses apparitions réveille blessures anciennes, rivalités d'hommes et loyautés contradictoires.
Dans ce tourbillon de sentiments et d'épreuves, chacun devra faire un pas vers l'autre pour comprendre ce qui les unit vraiment.

 Quatre ans après la disparition de l'une des romancières préférées des Français, Récamier publie le roman qu'elle avait pratiquement terminé : une histoire d'aujourd'hui, au cœur d'une famille recomposée où se croisent ambitions, tensions, maladresses et élans du cœur –; une peinture délicate dont elle avait le secret, des liens qui résistent malgré tout.
Dans un geste littéraire rare et chargé d'émotion, Frédérique Le Teurnier reprend le flambeau pour offrir au public l'ultime histoire imaginée par sa mère. Une transmission unique. Un événement éditorial majeur. Un dernier cadeau à des dizaines de milliers de lectrices et lecteurs.


Ma chronique : 

 

J'ai refermé ce livre avec le sentiment d'avoir retrouvé une dernière fois Françoise Bourdin, une romancière dont les histoires savaient si bien parler de nous. Dans Ce qui nous unit, sa fille, Frédérique Le Teurnier, prend le relais de sa mère, qui avait écrit la première moitié du roman, pour en rédiger la seconde. Une transmission délicate et émouvante, qui permet de retrouver, une dernière fois, l'univers d'une autrice qui m'a accompagnée dans mes lectures.

À Versailles, Agathe tente de préserver l'équilibre de sa famille recomposée. Il y a Laurent, Juliette et David, ses trois grands enfants nés de son union avec Victor, toujours très présent, parfois jusqu'à l'intrusion. Il y a aussi Hubert, son second mari, chirurgien talentueux et autoritaire, et leur fille Roxane. Les caractères s'opposent, les blessures anciennes ressurgissent et chacun cherche sa place.

J'ai aimé retrouver cette façon qu'avait Françoise Bourdin de raconter les familles sans les idéaliser. Ses personnages ont leurs défauts, leurs doutes et leurs maladresses : Laurent et Juliette privilégient leur carrière, David peine à trouver sa voie. Leurs préoccupations très actuelles rendent leurs parcours crédibles. J'ai aussi apprécié la place accordée à l'hôpital public, où Laurent choisit de se perfectionner en quittant la clinique de son beau-père.

Mais c’est surtout Agathe qui m’a touchée. Elle incarne cette mère qui voudrait voir ses enfants heureux et garder sa famille unie, même lorsque les tensions deviennent difficiles à supporter. Le roman rappelle qu’une famille recomposée demande du temps, des concessions et beaucoup de compréhension. L’amour ne suffit pas toujours : chacun doit accepter de faire un pas vers l’autre.

Petite réserve : certains conflits, notamment entre Hubert et Laurent, m'ont paru attendus.

Comme Agathe, Françoise Bourdin a divorcé à quarante ans ; comme Roxane, elle aimait l'équitation. Ces échos rendent la lecture plus intime.

Une belle façon de dire au revoir à Françoise Bourdin, dont les histoires nous accompagneront encore longtemps.

 

 

 

 

Citations : 

 

quote left

Nous sommes une famille, les tensions existent, c'est normal, mais nous devons pas dépasser les bornes.


Les familles recomposées, ce n'est pas si simple (...). Sur le papier, on explique que c'est formidable, que tout le monde est heureux, mais dans la pratique, il faut que chacun trouve sa place.

 

 

 

 
8 octobre 2026

En l'absence de corps

Je remercie les Editions Julliard pour leur confiance.

 

 

 

Anne Plantagenet

 

Un mot de l'autrice
 
 

Anne Plantagenet est l'autrice d'une dizaine d'ouvrages, dont Trois jours à Oran, D'origine italienne et Appelez-moi Lorca Horowitz. Son dernier livre, Disparition inquiétante d'une femme de 56 ans, a marqué un tournant dans son œuvre. Elle est également traductrice de l'espagnol, notamment des livres de Mariana Enriquez.

 

 

Présentation de l'éditeur

 

La romancière Anne Plantagenet a suivi en octobre 2025 le procès de Cédric Jubillar. Pour observer, écouter, comprendre. De ces quelques semaines en immersion, elle construit un grand livre dont la justesse et l'éthique impressionnent autant qu'elles bouleversent.
 

" Au commencement de cette histoire, une femme disparaît.
Elle est toujours disparue.
Quand se termine l'histoire ? "

L'écrivaine Anne Plantagenet a suivi le procès d'assises de Cédric Jubillar, accusé du meurtre de son épouse, Delphine Aussaguel, dont le corps n'a pas été retrouvé. De ces quatre semaines en immersion, elle a construit un livre dont la justesse et l'éthique impressionnent autant qu'elles bouleversent. Un texte important sur la violence qui s'abat continuellement sur les femmes et les enfants. Retranchée dans cette bulle dévorante qu'est une salle d'audience, elle a disparu de sa propre vie – au point de se demander ce qu'elle fuyait alors dans ce drame. Et si ce procès était aussi un rendez-vous avec elle-même. 

 

 

 

 

 

Ma chronique : 

 

.

Je pensais avoir fait le tour de l'affaire Jubillar, tant la presse en a rendu compte depuis la disparition de Delphine en décembre 2020. Anne Plantagenet m'a prouvé le contraire. Envoyée à Albi par Vanity Fair, elle a suivi les quatre semaines d'audience qui ont abouti, le 17 octobre 2025, à la condamnation de Cédric Jubillar à trente ans de réclusion. Elle en rapporte un texte assumé comme subjectif, où l'on perçoit la fatigue, l'indignation et parfois le trouble de celle qui écoute.

Le titre dit l'essentiel. Comment juger un meurtre quand il n'y a pas de corps ? Et que devient la victime quand tous les regards se tournent vers l'accusé ? L'autrice cherche à lui rendre sa place. Delphine n'est plus un nom dans un dossier : on la découvre à travers ses frères et sœurs, aux dépositions pleines de retenue, qui évoquent la femme avant l'affaire. Le portrait de la mère de Cédric Jubillar, digne dans l'épreuve et bien éloignée de l'image que certains médias en avaient donnée, m'a tout autant frappée.

L'autrice s'interroge aussi sur la manière dont on juge les femmes, jusque dans la mort : une mère à qui l'on reproche d'avoir voulu plaire, un accusé entouré d'une curiosité virant à la fascination. Elle y voit le symptôme d'un problème plus large, qui dépasse largement ce procès et touche à la place faite aux femmes dans notre société. Sa colère est légitime, même si je l'ai trouvée par moments plus démonstrative que nécessaire.

Un détail enfin donne au livre une résonance particulière : les restes de Delphine ont été retrouvés peu avant sa parution. Un livre sur l'absence qui sort au moment où le corps est retrouvé, cela aurait pu sembler malvenu. J'y vois au contraire la confirmation que cette absence était bien le nœud de toute l'affaire.

C'est un livre inégal mais sincère, que je recommande à ceux qui veulent revivre ce procès autrement, au-delà du verdict.

 

 

Citations : 

 

quote leftUn corps. A ce stade des débats, et nous ne sommes qu'au troisième jour du procès, Delphine Aussaguel, alias "l'infirmière de 33 ans" et "la mère de famille" dans les avis de recherche diffusés me 16 décembre 2020, devenue quelques jours plus tard "la disparue du 81" lors de la création d'une cellule d'enquête, n'est plus qu'un corps. Un corps mort, potentiellement assassiné, jeté dans un trou quelque part, pourrissant comme une charogne. Une image atroce, insoutenable.


Aujourd'hui, Delphine est devenue le symbole des féminicides. Ce mot "disparition", il est inaudible. Ce n'est pas un tour de magie, Delphine n'a pas disparu, elle a été assassinée, et moi je crois que c'est par Cédric.

 

 

8 octobre 2026

La Grande Encyclopédie des Vaches

Je remercie les Éditions De Borée pour ce partenariat.

 

 

 

 Daniel Brugès et Laurence Barruel

 

 


Daniel Brugès est un amoureux de son terroir. Avec plus de 30 ouvrages à son actif, études historiques et ethnographiques, carnets de voyage et de cuisine, recueils d'aquarelles... il met tout son talent d'écrivain mais aussi d'illustrateur reconnu pour immortaliser << ses hautes terres » d'Auvergne, le patrimoine et la nature, dont les vaches qu'il connaît très bien depuis l'enfance ! 

 

 

 

Laurence Barruel a fait de sa passion pour la photographie un métier qu'elle pratique depuis de nombreuses années dans la région Auvergne Rhône-Alpes, et plus largement en France. Elle a souvent mis devant son objectif la cuisine de chefs étoilés, les animaux et la nature dans son entier. Passionnée par les vaches, elle les aime et les photographie depuis de longues années...

 

 

 

 

 

 Présentation de l'éditeur

 

 

Les vaches font partie des animaux les plus connus et aimés. Intimement liées à l'univers rural dans son ensemble, puisqu'elles incarnent spontanément l'exploitation fermière, elles méritent ce tour d'horizon des races présentes dans l'Hexagone. En effet, leur variété est bien plus grande qu'on ne l'imagine et justifie qu'on s'y arrête ! Anciennes ou plus récemment sélectionnées, "starisées" et faisant l'objet de concours dans les salons, races à viande, allaitantes ou mixtes, plus précisément attachées à un territoire régional... Cette encyclopédie est un voyage richement illustré parmi les représentantes d'un univers animal foisonnant.

 

 

 

 

Et merci pour la dédicace et le petit dessin qui va bien :

 

 

 

Mon avis :

 

La grande encyclopédie des vaches de Laurence Barruel et Daniel Brugès est un superbe ouvrage qui nous invite à regarder autrement cet animal si familier de nos campagnes.

Tout commence par un abécédaire très sympathique. On découvre le vocabulaire de l’élevage, l’environnement des vaches, leur alimentation, leur robe et des termes spécifiques comme celui de broutard ou de Herd-Book. Une première approche simple et ludique qui donne déjà envie d’aller plus loin.

J’ai particulièrement aimé la partie historique. À travers les époques, les pays et les continents, on comprend combien les bovins ont accompagné les sociétés humaines. Ils ont aidé aux travaux des champs, fourni du lait et de la viande, mais ont également occupé une place dans les traditions et les cultures. Quelques expressions populaires viennent compléter cette découverte, parfois avec beaucoup d’humour.

Le cœur du livre est consacré aux races bovines présentes en France. Et elles sont nombreuses ! Je connaissais l’Angus, la Normande, la Limousine, la Charolaise ou encore la Highland, avec ses longs poils qui la rendent immédiatement reconnaissable. Mais j’ai découvert quantité d’autres races, certaines rustiques, d’autres imposantes, avec ou sans cornes, chacune ayant ses propres caractéristiques et ses aptitudes pour la viande, le lait ou les deux.

L’ouvrage nous emmène aussi du côté des troupeaux, des transhumances, des foires et des salons agricoles.

Cette lecture résonne particulièrement avec les difficultés auxquelles les éleveurs doivent faire face aujourd’hui. La sécheresse ne permet pas à l’herbe de repousser et certains ont déjà dû utiliser le foin prévu pour l’hiver. Comment vont-ils pouvoir nourrir leurs troupeaux dans les prochains mois ? Trouver du foin de qualité et supporter ces dépenses supplémentaires devient une véritable préoccupation.

Un ouvrage riche, instructif et très vivant, qui se feuillette avec plaisir. Une belle manière de mieux connaître ces animaux qui accompagnent l’homme depuis des siècles et de mesurer aussi combien le monde de l’élevage mérite notre attention.

 

de borée logo

 

8 octobre 2026

L'Attrape-coeurs

Je remercie les Editions de la Table ronde 

 Collection Quai voltaire pour cette nouvelle lecture.

    • Traduction (Anglais) : Alice Deon et Jean Esch
  •  
  •  

J.D. Salinger

 

 

 

Un mot de l'auteur

 

Né à New York en 1919, Jerome David Salinger abandonna plusieurs études avant de s'inscrire à un cours d'écriture à l'Université Columbia. Il publia sa première nouvelle (« The Young Folks ») dans le magazine Story. Peu après, le New Yorker publia la nouvelle acclamée « A Perfect Day for Bananafish », et d'autres textes suivirent, dont « Slight Rebellion off Madison » en 1941, une des premières aventures d'Holden Caulfield. Après un séjour en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale, Salinger retourna à New York et commença à travailler sur son roman phare, « L'Attrape-cœurs » (1951), un best-seller immédiat grâce à son héros iconoclaste et à son langage cru. Suite à ce succès, Salinger se retira dans sa maison de Cornish, dans le New Hampshire, où il se retira progressivement, finissant par ériger un mur autour de sa propriété et ne publiant que trois autres livres : « Nine Stories », « Franny and Zooey », « Raise High the Roof Beam » et « Carpenters and Seymour: An Introduction ». Salinger s'est marié deux fois et a eu deux enfants. Il est décédé de causes naturelles le 27 janvier 2010 dans le New Hampshire, à l'âge de 91 ans.

 

 

 
 
Présentation de l'éditeur
 
 
 
 
Holden Caulfield a 16 ans quand il se fait renvoyer de son internat à la veille des vacances de Noël. L'histoire qu'il choisit de nous raconter dans un monologue accidenté et drôle, tour à tour candide, blasé et révolté, est celle des trois jours qu'il passe à New York avant de rentrer chez lui.
 
 
 

 

 

 
Ma chronique : 
 

Certains narrateurs vous attrapent par la manche dès la première page, que vous le vouliez ou non. Holden Caulfield est de ceux-là, avec sa voix de garçon incapable de dire quoi que ce soit sans l'assortir d'un sarcasme.

Exclu de son école à l'approche de Noël, cet adolescent de seize ans n'ose pas rentrer chez lui. Il erre dans Manhattan, change de chambre d'hôtel, commande des verres qu'il n'a pas l'âge de boire, gâche chaque rendez-vous et ment à tout le monde. Tout cela nous est raconté depuis l'endroit où il a fini par être soigné.

J'avoue que ses mots m'ont d'abord fatiguée : ces expressions toutes faites, ces verdicts expéditifs sur chaque personne croisée me semblaient datés, un peu pénibles. Puis le ton a cessé de m'irriter. J'y ai entendu autre chose : le bavardage d'un garçon qui parle sans relâche pour ne pas affronter le silence.

Car ce silence a un nom, Allie, le petit frère emporté par une leucémie. Holden en parle à peine, et pourtant tout ce qu'il fait semble graviter autour de ce vide. Ses moqueries envers les adultes, sa peur de grandir, son goût de l'isolement me paraissent relever moins de la révolte que du deuil.

Le titre prend alors une résonance particulière. Le rêve de Holden, veiller sur des enfants qui jouent au bord du vide pour les rattraper avant la chute, n'a rien de ridicule : on y devine le désir de réparer, en en sauvant d'autres, ce qu'il n'a pas pu empêcher pour Allie. La scène du manège avec sa sœur Phoebé, d'une douceur inattendue, en est le moment le plus lumineux.

Salinger saisit aussi, sans pathos, une Amérique d'après-guerre qui se rêve prospère et que ce garçon refuse de suivre. Ce refus, plus que l'argot, explique sans doute la longévité du livre.

Je ne le placerais pas parmi mes préférés. Mais je suis très heureuse d'y être revenue : il m'a rappelé qu'on peut être maladroit, agaçant, et pourtant profondément attachant.

 

Citations : 
 
 
 

Ils avaient chacun leur chambre et tout. Ils avaient envi-ron soixante-dix ans tous les deux, ou peut-être même plus. Ils continuaient de s'éclater – à leur manière un peu foireuse, évidemment. Ça paraît méchant de dire ça, je sais, mais je le dis pas méchamment. Je dis juste que je pensais souvent au vieux Spencer, et quand tu pensais trop souvent à lui, tu te demandais ce qui le maintenait encore en vie. Il était tout voûté, je veux dire, il se tenait n'importe comment, et en classe, quand il était au tableau et qu'il faisait tomber un morceau de craie, il fallait toujours qu'un des gars au premier rang se lève et le ramasse pour lui redonner. C'est horrible, si tu veux mon avis.


Elle était jolie quand elle fumait. Elle avalait la fumée et tout, mais sans l'engloutir, contrairement à la plupart des femmes de son âge. Elle avait beaucoup de charme. Elle avait aussi pas mal de sex-appeal, si tu veux tout savoir.

 

 
 

 

Quai-Voltaire

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