Philippe Besson
Philippe Besson est l'auteur d'une vingtaine de romans, dont Son frère (adapté au cinéma par Patrice Chéreau), L'Arrière-saison (Grand Prix RTL-Lire), " Arrête avec tes mensonges " (prix Maison de la Presse, adapté au cinéma par Olivier Peyon), Paris-Briançon et Une pension en Italie.
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Vingt-cinq ans après En l'absence des hommes, son premier roman, Philippe Besson explore les années qui ont précédé l'acte fondateur d'écrire. Bien plus qu'une introspection, La Première Phrase du premier livre est une autobiographie collective, où le récit d'une vocation littéraire se mêle à l'évocation de toute une époque.
Dans la vie de chaque écrivain, il existe un avant et un après le premier livre.
En cherchant à saisir celui qu'il était avant ce basculement, Philippe Besson revisite trois décennies – des années 1970 aux années 1990 – et croise son parcours avec les grands repères de son temps. Il évoque une enfance rurale protégée, une adolescence rêveuse et blessée. L'arrivée à Paris dessine le début d'une émancipation : celle d'un jeune homme qui refuse les chemins tout tracés. L'épidémie de sida le confronte brutalement à la perte de ses proches. La littérature s'impose alors comme une révélation et une façon de dialoguer avec les absents.
La Première Phrase du premier livre est une machine à remonter le temps. De la " Radioscopie " de Jacques Chancel jusqu'à la peur irraisonnée de l'an 2000, en passant par la figure fraternelle de Goldman ou la fin de la guerre froide, chacun reconnaîtra des fragments de sa propre existence, faisant de ce récit une expérience à la croisée de l'intime et de l'universel, en quelque sorte l'autobiographie d'une génération.
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Ma chronique :
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Avant d'être écrivain, il y a eu un gamin de province, bon élève, qui regardait la vie des autres de loin. C'est ce garçon que Philippe Besson part chercher dans son dernier livre, en s'accrochant à une question que l'on n'ose guère se poser soi-même : quel est mon tout premier souvenir ? Une enquête intime, plus qu'un roman, pour comprendre comment il a fini par prendre la plume.
Il grandit dans un foyer modeste, de parents fonctionnaires aux racines paysannes. Premier de la classe, il saute même une année. Pourtant, une fois en sixième, il côtoie des enfants de la bonne société parisienne dont l'avenir semble écrit d'avance, et il découvre que son monde n'est pas le leur. Une question traverse alors tout le récit : peut-on devenir autre chose sans renier d'où l'on vient ?
La réponse passe par les livres. Ils lui montrent d'autres vies possibles, et il commence à noircir des feuilles en secret. Adolescent, il réalise que l'écriture est le seul endroit où il peut dire l'essentiel. Les romanciers américains qu'il lit, Edmund White, Michael Cunningham, David Leavitt, l'aident à nommer son désir pour les garçons, au temps des quolibets et de la peur du sida.
Pour ma part, j'ai refermé ce livre avec le sentiment d'avoir été invitée dans ma propre jeunesse. Née en mars 1966, je n'ai qu'un an de plus que lui, et tout m'a parlé. Les extinctions des feux à 20h30 qui rythmaient mes soirées d'enfant, Sheila en short à paillettes, puis mes quinze ans, le jour de l'élection de Mitterrand et les samedis soirs devant Dallas. Besson tisse ces souvenirs communs jusqu'en 1999, l'année où paraît son premier roman.
Ce n'est pas celui que je préfère, mais l'écriture reste d'une grande netteté et les pages défilent toutes seules. À conseiller à ceux qui ont grandi dans ces années-là, et à ceux qui voudraient simplement savoir ce que l'on traverse avant d'écrire son premier livre.
Citations :
Sur FR3, je regardais « Les jeux de 20 heures où des gens connus, et généralement drôles, comme Roger Carel (avec sa voix de dessin animé), Robert Castel (avec son accent pied-noir) ou Sim (avec sa calvitie clownesque), posaient des questions de culture générale à des inconnus à qui Jean-Pierre Descombes tendait le micro dans une ville de province, le tout arbitré par l'inénarrable maître Capello. Le zézaiement de Micheline Dax m'enchantait. Tous ces gens sont morts, et quand les gens de notre enfance sont morts depuis longtemps, est-ce que l'enfance signifie encore quelque chose?
Et puis, au fond, bien malgré eux, mes tournementeurs m'ont façonné, ils m'ont appris la souffrance, l'endurance, l'évitement, l'indifférence. Leur hargne m'a conduit à forger ma volonté de me distinguer et mon goût du combat.
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