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Anne Plantagenet
Anne Plantagenet est l'autrice d'une dizaine d'ouvrages, dont Trois jours à Oran, D'origine italienne et Appelez-moi Lorca Horowitz. Son dernier livre, Disparition inquiétante d'une femme de 56 ans, a marqué un tournant dans son œuvre. Elle est également traductrice de l'espagnol, notamment des livres de Mariana Enriquez.
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La romancière Anne Plantagenet a suivi en octobre 2025 le procès de Cédric Jubillar. Pour observer, écouter, comprendre. De ces quelques semaines en immersion, elle construit un grand livre dont la justesse et l'éthique impressionnent autant qu'elles bouleversent.
" Au commencement de cette histoire, une femme disparaît.
Elle est toujours disparue.
Quand se termine l'histoire ? "
L'écrivaine Anne Plantagenet a suivi le procès d'assises de Cédric Jubillar, accusé du meurtre de son épouse, Delphine Aussaguel, dont le corps n'a pas été retrouvé. De ces quatre semaines en immersion, elle a construit un livre dont la justesse et l'éthique impressionnent autant qu'elles bouleversent. Un texte important sur la violence qui s'abat continuellement sur les femmes et les enfants. Retranchée dans cette bulle dévorante qu'est une salle d'audience, elle a disparu de sa propre vie – au point de se demander ce qu'elle fuyait alors dans ce drame. Et si ce procès était aussi un rendez-vous avec elle-même.
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Ma chronique :
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Je pensais avoir fait le tour de l'affaire Jubillar, tant la presse en a rendu compte depuis la disparition de Delphine en décembre 2020. Anne Plantagenet m'a prouvé le contraire. Envoyée à Albi par Vanity Fair, elle a suivi les quatre semaines d'audience qui ont abouti, le 17 octobre 2025, à la condamnation de Cédric Jubillar à trente ans de réclusion. Elle en rapporte un texte assumé comme subjectif, où l'on perçoit la fatigue, l'indignation et parfois le trouble de celle qui écoute.
Le titre dit l'essentiel. Comment juger un meurtre quand il n'y a pas de corps ? Et que devient la victime quand tous les regards se tournent vers l'accusé ? L'autrice cherche à lui rendre sa place. Delphine n'est plus un nom dans un dossier : on la découvre à travers ses frères et sœurs, aux dépositions pleines de retenue, qui évoquent la femme avant l'affaire. Le portrait de la mère de Cédric Jubillar, digne dans l'épreuve et bien éloignée de l'image que certains médias en avaient donnée, m'a tout autant frappée.
L'autrice s'interroge aussi sur la manière dont on juge les femmes, jusque dans la mort : une mère à qui l'on reproche d'avoir voulu plaire, un accusé entouré d'une curiosité virant à la fascination. Elle y voit le symptôme d'un problème plus large, qui dépasse largement ce procès et touche à la place faite aux femmes dans notre société. Sa colère est légitime, même si je l'ai trouvée par moments plus démonstrative que nécessaire.
Un détail enfin donne au livre une résonance particulière : les restes de Delphine ont été retrouvés peu avant sa parution. Un livre sur l'absence qui sort au moment où le corps est retrouvé, cela aurait pu sembler malvenu. J'y vois au contraire la confirmation que cette absence était bien le nœud de toute l'affaire.
C'est un livre inégal mais sincère, que je recommande à ceux qui veulent revivre ce procès autrement, au-delà du verdict.
Citations :
Un corps. A ce stade des débats, et nous ne sommes qu'au troisième jour du procès, Delphine Aussaguel, alias "l'infirmière de 33 ans" et "la mère de famille" dans les avis de recherche diffusés me 16 décembre 2020, devenue quelques jours plus tard "la disparue du 81" lors de la création d'une cellule d'enquête, n'est plus qu'un corps. Un corps mort, potentiellement assassiné, jeté dans un trou quelque part, pourrissant comme une charogne. Une image atroce, insoutenable.
Aujourd'hui, Delphine est devenue le symbole des féminicides. Ce mot "disparition", il est inaudible. Ce n'est pas un tour de magie, Delphine n'a pas disparu, elle a été assassinée, et moi je crois que c'est par Cédric.
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