L'atelier de Litote

23 mai 2019

Malamorte

Je remercie les Editions JC Lattès pour l'envoi de ce nouveau titre. 

Antoine Albertini

 

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Biographie de l'auteur

Antoine Albertini est le correspondant du Monde en Corse. Il a écrit La femme sans tête (Grasset, 2013) et Les Invisibles (Lattès, 2018), premier livre très remarqué de la collection du même nom, livres d’enquête sur des affaires non résolues.

Présentation de l'éditeur

«  C’est sur mon bureau qu’échouent les dossiers dont personne ne veut, les cadavres qui ne feraient pas lever un sourcil à un gratte-papier des chiens écrasés, les victimes anonymes des crimes d’après boire, les vies gâchées pour rien, les destins lacérés des assassins et de leurs victimes confondus dans la même misère, dans la came, dans le vice, dans les jalousies morbides carbonisant des générations entières au fond d’un taudis en bordure de la Nationale.  »
Ce bureau, c’est un cagibi, un placard dans une aile à moitié désaffectée du commissariat de Bastia, où ce policier corse a échoué, après la critique de trop contre ses supérieurs, la bagarre de trop avec ses collègues. Pourtant sa carrière dans la police avait bien démarré  : 7 ans dans la banlieue parisienne à la brigade des stups puis une mutation à la police judiciaire de Bastia la ville où il a grandi. Mais très vite, il a été déçu, écœuré par les ordres des chefs, les affaires oubliées volontairement, les arrestations arbitraires, la corruption, les magouilles quotidiennes. Il travaille seul à présent, sur des affaires mineures en apparence. Comme celles du meurtre d’Hakima, 5 ans et de sa mère Khadija. Ce policier va chercher partout le coupable, comme il cherche partout la vérité .
Une enquête, le temps d’un été pluvieux. Le portrait d’une île loin des clichés et des visions de carte postale où se croisent élus, voyous, braqueurs et assassins, travailleurs immigrés, continentaux en mal d’une existence qu’ils espèrent plus douce. Le policier sillone la ville : des bars pourris aux  lotissements à des kilomètres de la mer, des bidonvilles installés près des autoroutes aux  villas des beaux quartiers. Il ne cessera jamais de chercher.

 

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Ma chronique : 

 

 

Un drame familial a éclaté à Bastia, Mohamed Cherkaoui a tiré sur sa femme et sa petite fille de 5 ans pour finir par retourner l’arme contre lui. Un Capitaine de Police désabusé et alcoolique, premier arrivé sur les lieux se voit confier l’enquête alors qu’il était jusque là relégué sur une voie de garage  au BHS : Bureau des homicides simples. Puis sur un sentier de randonnée c’est le corps d’une femme qui est retrouvé. Commence alors pour notre flic une enquête mouvementée et captivante sous le joug de sa hiérarchie qui ne lui facilite pas la tâche. Le personnage principal est aussi le narrateur et même s’il nous apparaît comme une parodie du flic blasé mais droit  dans ses pompes au passé douloureux, il va se révéler tout au long de l’enquête qui soulèvera plus de questions qu’elle ni répondra. Ce personnage qui me semble désenchanté n’est pas sans affecte, il est attaché à son île et aux gens avec des amitiés d’enfance toujours présentes en plus il est bon dans ce qu’il fait ce qui ne gâche rien. L’intrigue est bien vue et comporte des éléments tout à fait crédibles qui lui donnent toute son épaisseur. Avec ce premier roman, Antoine Albertini correspondant du Monde en Corse, nous offre toute sa connaissance des « personnalités corses » et bien entendu du terrain. La Corse, ses paysages somptueux et ses plages paradisiaques, oubliez-les. Nous sommes bien loin de la carte postale. Dès le début de l’enquête on est face à une réalité sociale et économique qui montre un tout autre visage de l’île de beauté. Indépendantistes, séparatistes et nationalistes ne sont plus dans la lumière, le temps a passé. Sans compromis Bastia – Calvi sous la pluie de novembre prennent une tout autre dimension loin des clichés habituels. On ressent très fort l’insularité et l’ambiance quasi apocalyptique de la ville. Un roman noir bien maîtrisé avec une intrigue au schéma classique mais efficace. Une belle découverte avec un personnage attachant, sachant pratiquer l’humour et l’autodérision. J’aimerai beaucoup suivre une nouvelle enquête et voir l’évolution de ce personnage. Belle lecture.

 

Citation : 

 

 

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Je tournai mon regard vers le couloir et son enfilade de portes closes sur les silences des autres voisins, tous frappés par l’épidémie de surdité qui s’était abattue sur la résidence Les Albatros. Même la famille dont l’appartement jouxtait celui des victimes n’avait « rien entendu, juste du remue-ménage quand vos collègues sont arrivés et c’est tout ».


 

Les intempéries avaient rendu l’île à ses angoisses hivernales, ces longs mois où la pire des malédictions nous tombait dessus : nous retrouver seuls avec nous-mêmes, prêts à laisser parler nos instincts cannibales, à nous entre-dévorer à la première occasion.

 

 

JC Lattès

 

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22 mai 2019

Animaux solitaires

Je remercie les Editions Gallmeister pour l'envoi de ce nouveau titre.

 

Bruce Holbert
 
Traduit par Jean-Paul Gratias

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Biographie de l'auteur

Bruce Holbert a grandi au pied des Okanogan Mountains, dans l'Etat de Washington. Son arrière-grand-père, éclaireur indien de l'armée des Etats-Unis, était un homme respecté jusqu'à ce qu'il assassine son gendre, le grand-père de Bruce Holbert, qui s'est inspiré de cette tragédie pour son premier roman, Animaux solitaires. Il est diplômé de l'Université de l'Iowa où il enseigne aujourd'hui. Son deuxième roman, L'Heure de plomb, a été publié en France en 2016.

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Présentation de l'éditeur

Comté de l'Okanogan, État de Washington, 1932. Russell Strawl, ancien officier de police, reprend du service pour participer à la traque d'un tueur laissant dans son sillage des cadavres d'Indiens minutieusement mutilés. Ses recherches l'entraînent au cœur des plus sauvages vallées de l'Ouest, là où les hommes qui n'ont pas de sang sur les mains sont rares et où le progrès n'a pas encore eu raison de la barbarie. De vieilles connaissances croisent sa route, sinistres échos d'une vie qu'il avait laissée derrière lui, tandis que se révèlent petit à petit les noirs mystères qui entourent le passé du policier et de sa famille.

À l'instar des romans de Charles Portis ou de Cormac McCarthy, Animaux solitaires mêle avec brio les codes du western et ceux des plus grands romans noirs. Un premier roman remarquable dont on ne pourra oublier le héros mélancolique qui rêve d'imposer la justice aux confins de la civilisation. Quel que soit le prix à payer.

 

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Ma chronique : 

 

1932, Strawl officier de police à la retraite va reprendre du service et pourchasser un tueur en série, qui sème des cadavres d’indiens atrocement torturés. Tout cela se déroule dans le grand ouest américain entre vallées encaissées et canyon de la mort qui tue. Je n’ai pas pu m’empêcher de visualiser un John Wayne en fin de carrière dans le rôle de Strawl. Ce personnage principal est incroyable, il tient le roman à lui tout seul ou presque. Russell Strawl est un héros comme on n’en fait plus, entièrement dévoué à son travail même si cela doit être au détriment de sa vie familiale. Il est rude, infatigable et pas mal abimé par la vie mais il est encore capable d’amour… pour son cheval.   On retrouve tous les thèmes classiques au western, cow-boys et Indiens, shérif et bandits et une histoire sanglante dans les contrées encore sauvages du grand ouest. Un récit sombre porté par une plume descriptive qui  nous fait visualiser parfaitement les scènes et des dialogues réalistes qui bien souvent m’ont fait réfléchir. Un roman graphique où l’on trouve la brutalité et la violence inhérente à la nature humaine exacerbée par la solitude et la vie dans ces contrées reculées et sauvages. Strawl a une façon toute personnelle d’appliquer la loi et les thèmes de la justice, de la culpabilité et du jugement sont quasi bibliques. Il fait partie de ce genre de policier qui tire d’abord et discute après et ma foi à cette époque et dans ces lieux cela semble presque se justifier. C’était aussi impressionnant de voir les changements s’opérer en lui  allant de l’homme sur de lui à celui qui accepte son destin. L’univers que nous présente Holbert dans ce roman est mythique et vraiment magnifique, un roman qui soulève plus de question qu’il n’y répond. Bonne lecture.

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Citation : 

 

 

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Votre beauté, c'est du verre, et elle reflète la beauté des autres comme un miroir. Vous êtes un miracle, mais vous ne le savez pas. Vous possédez une âme qui illumine le verre. Et si vous reconnaissiez votre propre lumière, vous pourriez espérer l'amour et le rendre.


 

Strawl retourna les braises agonisantes du matin puis vida dessus le reste de son café. La journée était encore fraîche, l'atmosphère oppressante de la veille avait laissé la place aux hautes pressions et à un ciel bleu. Il ferma les yeux pour les reposer après leur avoir fait subir la fumée de son feu de bois. Il se rappela avec envie la vision que possédaient ses premiers éclaireurs indiens. Ils percevaient des nuances de marron et de vert que personne ne parvenait à distinguer à part eux, ainsi que les formes susceptibles de se déplacer et les espaces qu'elles traversaient.

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21 mai 2019

Au bout de la nuit - Gagnant prix Femme Actuelle 2019

Je remercie L'auteur pour l'envoi de cette nouvelle lecture. 

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Bruno Bouzounie

 

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Un mot de l'auteur

Bruno Bouzounie habite dans les Landes à proximité du Bassin d'Arcachon où il travaille comme Enseignant. Son goût pour l'écriture s'est souvent conjugué avec celui pour la musique, la photographie et le dessin.

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Présentation de l'éditeur

" Le thriller 100% addictif ! " 
Un tueur psychopathe hante les rues de Bordeaux. La tension est inextricable. 
Machiavélique. Diabolique. Explosif.

Avril 1992. Les membres inférieurs d'un corps sont retrouvés dans le centre ville de Bordeaux. Le seul signalement auquel la police peut se référer est celui d'un homme à la stature hors du commun. Sur fond de rite païen et de légende arthurienne, un jeune lieutenant de police, Damien Sarde, qui vient d'intégrer la PJ, plonge au cœur de sa première enquête. Le criminel va restituer, au fil des jours, les morceaux du cadavre inconnu, autant de pièces macabres au service d'un puzzle machiavélique. 
Gagnant prix Femme Actuelle 2019

 

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Ma chronique : 

 

 

 

Il est toujours agréable de faire la découverte d'un nouvel auteur, avec « Au bout de la nuit » c’est une intrigue bordelaise captivante qui m’a tenue en haleine de bout en bout. 1992, Damien Sarde vient juste d’intégrer la PJ aux côtés du commandant Balland que déjà ils sont amenés à enquêter sur une affaire qui va bousculer la ville. Un  tueur psychopathe semble semer les morceaux d’un corps aux compte goutte à travers la ville. Nous entrons de plein pied dans l’univers crée pour nous par Bruno Bouzounie, les esprits cartésiens peuvent passer leur chemin. Ce sont les ténèbres qui nous attendent, un personnage féminin énigmatique se livrant à des pratiques d’un autre âge. Une plongée dans les sciences occultes, rituels et cérémonies démoniaques tout cela relié à la légende du Roi Arthur, aux sorcières wiccanes, donne à ce thriller un pouvoir attractif certain. Mais ne nous y trompons pas, il s’agit bien d’une enquête de police sur des faits qui restent énigmatiques et sanglants. La progression de la tension et du suspense est savamment dosée, de nombreux rebondissements et un final éclatant nous donne toute l’étendue de la savante construction de ce récit. Les personnages sont nombreux et bien développés, j’avoue mon faible pour celui de Damien Sarde qui apparaît complexe et pour le clin d’œil à ses origines Sardes. J’ai énormément apprécié les flashbacks qui nous renvoient à un épisode traumatique de son adolescence et qui sont distillés avec parcimonie.  La qualité de l’écriture m’a conquise, il faut dire que les descriptions sont soignées, les phrases fluides et les dialogues vifs et réalistes. C’était dense avec une ambiance noire très bien rendue.  La couverture est sublime et en parfaite adéquation avec un des personnages au combien mystérieux. Je n’ai pas vu passer les 600 pages de ce thriller où le voile du secret ne sera levé qu’Au bout de la nuit. Bonne lecture.

 

 

 

 

 

Citation : 

 

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J’ai horreur des simagrées. Faire la cour à une femme, c’est avilissant pour soi et pour elle. Simone de Beauvoir avait raison, peste soit de cette hypocrisie, comme un rappel entêtant de la condition féminine. La voyageuse se savait du charme, certainement plus, mais elle ne voulait pas avoir à le payer au prix d’une constante sollicitation. 


 

—Tu crois qu’on arrivera à oublier… enfin, je veux dire… à vivre avec.
—Vivre avec, c’est ce que nous devrons faire, il n’y a pas d’autre choix. Comment, c’est une autre histoire… Partons, on a encore à faire.

 

 

nouveaux auteurs

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