L'atelier de Litote

20 janvier 2019

Né d'aucune femme

Je remercie les Editions de la Manufacture de Livres  pour ce premier partenariat.

Franck Bouysse 

 

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Biographie de l'auteur

Né en 1965, Franck Bouysse a enseigné la biologie et l'horticulture avant de se consacrer à sa passion pour l'écriture. Ses romans Grossir le ciel en 2014, Plateau en 2016 et Glaise en 2017 ont rencontré un large succès, public comme critique, et remporté de nombreux prix littéraires. Franck Bouysse partage aujourd'hui sa vie entre Limoges et un hameau de Corrèze.

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Présentation de l'éditeur : 

 

" Mon père, on va bientôt vous demander de bénir le corps d’une femme à l’asile.
— Et alors, qu’y-a-t-il d’extraordinaire à cela ? demandai-je.
— Sous sa robe, c’est là que je les ai cachés.
— De quoi parlez-vous ?
— Les cahiers… Ceux de Rose."
Ainsi sortent de l’ombre les cahiers de Rose, ceux dans lesquels elle a raconté son histoire, cherchant à briser le secret dont on voulait couvrir son destin. Franck Bouysse lauréat de plus de dix prix littéraires, nous offre avec Né d’aucune femme la plus vibrante de ses oeuvres. Ce roman sensible et poignant confirme son immense talent à conter les failles et les grandeurs de l’âme humaine.

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Ma chronique : 

Né d’aucune femme est un roman  tout ce qu’il y a de plus noir, l’auteur nous donne à voir le côté intime et profond de l’âme humaine. Nous allons suivre une toute jeune fille presqu’une enfant car à quatorze ans on est encore dans l’enfance même si on est l’ainée d’une fratrie de quatre filles. C’est au travers de la révélation des cahiers de Rose que Gabriel, curé de son état va nous livrer un récit unique et touchant. Tout débute  par une confession et la visite d’un ancien Monastère transformé en asile d’aliénés.  A partir de ce moment nous entrons de plein pied dans l’écriture captivante si réaliste et au combien  taiseuse  de l’auteur, pour ceux qui ont déjà lu Plateau, Grossir le ciel et Glaise, c’est l’assurance de retrouver une certaine ruralité, un côté bourru et à la fois une poésie derrière les lignes qui  m’a bien souvent émue. Difficile de poser la date de ce récit mais pour ma part je l’ai situé à l’époque de Maupassant et à dire vrai je trouve que ça colle parfaitement. J’ai aimé la construction du roman où chaque personnage prend  la parole. On trouve tous les traits de caractères, leurs différentes façons de s’exprimer et de penser, jusque dans les détails chacun des personnages possède une belle épaisseur et cela donne au récit toute sa profondeur. Bien entendu le point central du métier, reste notre Rose. C’était un témoignage fort sur ce que l’on peut vivre dans l’impuissance la plus totale, la condition féminine bafouée et Rose porte tout cela avec une force de caractère admirable et une belle intelligence. Elle porte en elle cette lumière qui ne s’éteindra pas même si elle se confronte avec la noirceur des uns, la soumission et la lâcheté des autres. La seule chose qui m’a gênée, juste le temps pour moi de m’y habituer, c’est la manière dont sont écrits les dialogues, sans ponctuation, à la suite les uns des autres, de quoi me perdre régulièrement. Ce récit est magnifique et le final que nous découvrons est comme une très belle cerise sur ce beau gâteau. Bonne lecture.

 

 

 

Citation : 

 

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Le cœur, dérisoire métaphore d'un sentiment diffus, empêché, parce que, quelque interprétation que l'on en fasse, le cœur n'est pas d'or, il sert à peu de choses, pour ne pas dire à rien. Le cœur, dans le meilleur des cas, il parade les jours de fête, le temps du premier baiser ; mais après, la disette s'étend, épouse, s'incruste sur les flancs malingres du destin, et il n'y a plus que le sang qui parle et se déverse. Un sang noir.


Quand on est personne, on obéit.

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17 janvier 2019

Mon ombre assassine

Je remercie les Editions Taurnada pour l'envoi de cette nouvelle lecture.

 

 

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Estelle Tharreau

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Biographie

Passionnée de littérature depuis l'adolescence, Estelle Tharreau parcourt les genres, les époques et les pays au fil des auteurs qu'elle rencontre. De cet amour de la littérature est née l'envie d'écrire. Elle vit actuellement en Franche-Comté où elle partage son temps entre sa famille et l'écriture.

 

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Présentation de l'éditeur

En attendant son jugement, du fond de sa cellule, Nadège Solignac, une institutrice aimée et estimée, livre sa confession.
Celle d'une enfant ignorée, seule avec ses peurs.
Celle d'une femme manipulatrice et cynique.
Celle d'une tueuse en série froide et méthodique.
Un être polymorphe.
Un visage que vous croisez chaque jour sans le voir.
Une ombre. Une ombre assassine.

 

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Ma chronique : 

 

Voici un livre d’une maîtrise incroyable dans l’art de la perversion et de la manipulation. L’héroïne d’Estelle  Tharreau vu de l’extérieur présente les traits parfaits d’une gentille maîtresse d’école. Maîtresse Nana est aimée par les enfants et estimée par les parents. Ses collègues n’en disent que du bien et son frère la seule famille qui lui reste la place sur un piédestal. Elle sait parfaitement se fondre dans le paysage pour passer inaperçue. Jusqu’au jour où elle est soupçonnée de meurtre et c’est en attendant son jugement, dans sa cellule, qu’elle nous livre sa confession.

 

J’ai adoré lire ce livre, c’est mon premier coup de cœur 2019, il a parfaitement rempli mon dimanche. Le chapitres alternent tantôt la confession de Nadège Solignac notre suspect numéro 1, tantôt les rapports de police retraçant les faits, par des témoignages ou encore des articles de ce qu’en dit la presse locale. L’exercice est parfaitement maîtrisé et nous donne une lecture complètement addictive et passionnante. Au fur et à mesure que ce dresse le portrait de  cette tueuse en série froide et sans âme, nous somme sous le choc et l’auteur emporte le lecteur exactement là où elle veut l’amener, pour une rude prise de conscience. J’ai réagi comme la mère de famille que je suis et j’ai pensé que effectivement, il devait bien exister des êtres aussi manipulateur et dangereux que Nadège dans la vraie vie, mais en avoir fait une maîtresse d’école, tout comme elle aurait pu en faire une nounou, (et devinez ma profession ?) c’est là du grand art parce que on ne peut s’empêcher de penser à ses propres enfants et  à qui en réalité les confions-nous pour aller travailler, le savons-nous? Tout est histoire de confiance. Je suis souvent revenu sur la couverture pendant ma lecture, car,  sous des traits angéliques peut très bien se cacher un monstre, mais comment le savoir, on lui donnerait le bon Dieu sans confession tout comme son avocate le clame  si ce n’était justement la confession froidement réaliste et terrible de Nadège sur les traumas subits dans son enfance et que je vous laisse découvrir. Bonne lecture.

 

 

Citations : 

 

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Pensez-y quand vous imposerez vos choix à quel qu’un que vous croyez connaître. Assurez-vous que la douleur engendrée par vos décisions ne lui soit pas insupportable. Soyez absolument certain de son impuissance et de son innocuité derrière sa capitulation de complaisance.


 

Je suis dans cette cellule en attendant de savoir ce que le destin a prévu pour moi. Non, que je sois inquiète, il m’a trop souvent éprouvée pour que j’ai encore peur de lui. Je suis confiante : ils ne trouveront rien, car, mise à part cette erreur, j’ai toujours veillé à ne jamais semer de petits cailloux sur mon chemin.


 

Je suis la fille d'une dépression post-partum et d'un raté démissionnaire. Je suis la sœur d'un clone paternel et d'un monstre répugnant.

 

 

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16 janvier 2019

Sinestra

Je remercie les Editions Ring pour l'envoi de ce nouveau titre.

Armelle Carbonel

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Un mot de l'auteur

Surnommée la 'nécromancière', Armelle Carbonel est avec son style viscéral et son extrême maîtrise du suspence en huis clos, l'une des voix les plus captivantes du thriller contemporain. Récompensée à onze reprises, experte en manipulation et rebondissements, la nouvelle référence française du thriller psychologique entraîne le lecteur au coeur d'une véritable symphonie paranoïaque, dont l'intensité suscite une angoisse quasi inédite dans le monde du thriller. Née en 1975, passionnée de littérature, elle écrit depuis l'âge de huit ans. 

 

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Présentation de l'éditeur

"La révélation française qui met les Américains KO debout !' Gérard Collard 
'Un morceau d'anthologie' Raphaël Sorin

Suisse 1942. 

Le Val Sinestra, refuse isolé au coeur de la vallée des Grisons entouré de monumentales montagnes, accueille un convoi de réfugiés fuyant les horreurs de la guerre. Des mères brisées au bras de leur progéniture, des orphelins meurtris et atteints de désordres psychiques. Mais là où ils croyaient avoir trouvé la paix, les résidents vont réaliser que le Mal a franchi la frontière avec eux. 

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Ma chronique : 

  

Un huis clos vertigineux se passant dans une immense bâtisse servant de refuge au cœur de la vallée non moins monumentale des Grisons, cela vous tente ? Alors bienvenue au Val Sinestra. En cette période trouble de la seconde guerre mondiale, le refuge accueille femmes et enfants rescapés des horreurs de la guerre. On y croise des femmes brisées et leurs enfants ainsi que des orphelins, tous sont abîmés et portent en eux des dérèglements physiques aussi bien que psychologiques. Le panel des pathologies  est étendu et suffisamment original pour ne pas les oublier.

J’ai été captivé par le lieu, lugubre et sinistre caché au plus profond d’une nature sublime, qui ici semble pourtant malveillante. Tout se passe dans cette vallée, dans cette grande bâtisse qui  devient un des personnages de l’histoire, les chapitres où Val Sinestra prend la parole sont les plus forts et les plus représentatifs de cette atmosphère complètement délétère. Là où on s’attendait à trouver un refuge de paix retrouvée,  de calme et de repos, on va vite se rendre compte que les soins apportés et les thérapies proposées ne sont pas celles auxquelles on pouvait s’attendre. J’en frissonne encore.

Je me suis laissée entraîner dans cette spirale infernale, un style, une écriture particulière qui ne nous lâche à aucun moment, tout est fait pour que l’on soit témoin, que l’on ressente les choses qui s’y passent avec une sensibilité exacerbée par le choix des mots quasi poétiques, des descriptions et des histoires personnels de chacun des enfants. Pari osé que de prendre pour personnages des enfants, depuis « Sa majesté des mouches », je savais qu’il pouvait y avoir des anges et de véritables petits démons mais avec Sinestra, j’ai carrément eu peur. Il ne faut pas se fier aux apparences, si  une seule chose compte ici, c’est bien de s’en sortir et tout sera mis en œuvre pour tendre vers ce but mais à quel prix. La terreur que nous inspire quasiment tous les personnages masculins et pas que, est profonde et on approche d’un niveau d’inhumanité et d’horreur rarement atteint, si ce n’est justement dans des périodes de guerres, où les situations de non-droit et d’abus se multiplient. Si vous souhaitez faire connaissance avec le Mal, lisez Sinestra, c’est effrayant.

  

Citation : 

 

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Rose.
Il émanait d'elle l'étrange fragrance de son prénom comme une présence troublante émergeant d'entre les morts 


 

C’etait cela, le paradoxe de la haine, enduire sa terreur de fiel dans l’espoir insensé qu’elle disparaisse.

 

 

 

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