Obsessions
Je remercie les Editions Taurnada pour l'envoi de cette nouvelle lecture.
/image%2F0405240%2F20260109%2Fob_24de64_108-emilie-chani-v2.jpg)
Emilie Chani
Émilie Chani est enseignante. Passionnée de littérature, elle explore les zones d’ombre, les liens ambigus, les silences qui en disent long.
Son premier roman sort en janvier 2026.
/image%2F0405240%2F20260109%2Fob_b14ced_capture-d-ecran-2026-01-09-163842.jpg)
Et si traquer la vérité réveillait nos propres démons ?
1995. Un corps est retrouvé, soigneusement mis en scène. Rien d'un crime ordinaire. D'autres morts suivent, toutes marquées par des détails troublants.
Pour le commandant Victor Dufresne, l'affaire devient obsessionnelle. Derrière chaque indice, il devine un fil invisible, une histoire ancienne qui remonte à la surface.
Mais à mesure qu'il approche de la vérité, il se heurte à ses propres failles…
Ce roman explore les cicatrices invisibles, les liens d'emprise et la frontière fragile entre victime et coupable.
/image%2F0405240%2F20260109%2Fob_8d9507_81el-lwapyl-sl1500.jpg)
Ma chronique :
Un premier un thriller psychologique ambitieux, qui ressuscite avec une précision presque sensorielle les années 80 et 90. Les odeurs, les sons, les chansons de Balavoine ou les petits détails du quotidien nous replongent instantanément dans cette époque charnière, à la fois moderne et encore brute, où l’on sent déjà poindre les fêlures de ses personnages. Le décor n’est jamais gratuit : il sert une immersion totale et nourrit une nostalgie troublante.
L’autrice ne se contente pas de raconter un crime, elle en explore les racines. Elle fouille les failles de l’âme humaine avec une justesse bouleversante, cherchant moins à désigner un monstre qu’à comprendre comment on bascule. Le roman se déploie à travers deux récits parallèles patiemment tissés. D’un côté, Nina, enfant solitaire et meurtrie, grandissant dans une famille violente, se raccrochant aux chansons pour survivre, jusqu’à une rencontre qui va bouleverser sa trajectoire. De l’autre, en 1995, le commandant Victor Dufresne, persuadé qu’un tueur en série sévit malgré le scepticisme de sa hiérarchie, s’enfonce peu à peu dans une obsession qui finit par le déstabiliser lui-même.
L’autrice s’intéresse davantage aux mécanismes de l’obsession et aux blessures psychologiques qu’à l’enquête pure. Les chapitres courts, le style élégant et sensible, la précision du vocabulaire donnent au texte un rythme quasi cinématographique. Les personnages, imparfaits et ambigus, gagnent en épaisseur au fil des pages, notamment Victor, dont la quête de vérité se mue en cheminement intime, lumineux et sombre à la fois.
Puis vient un twist final renversant, qui fait voler en éclats tout ce que l’on croyait avoir compris. Obsessions est un roman profond, oppressant, parfois dérangeant, mais maîtrisé, qui explore l’emprise, les traumatismes et les cicatrices invisibles de l’enfance. Un thriller sombre, réfléchi, qui laisse une impression durable sans chercher l’esbroufe.
Citation :
Les prières silencieuses de Nina se perdaient dans le vide. Chaque soir, elle suppliait une force invisible : un dieu, un ange, n'importe quoi qui pourrait la sortir de là. Mais il n'y avait jamais de réponse. Seulement les disputes qui fendaient les murs jaunis, les objets lancés, les jurons crachés comme des coups.
La télévision restait allumée en fond sonore, un vieux poste Grundig que personne ne regardait. Un animateur parlait d'un album de Jean-Jacques Goldman. Sa voix se noya sous celle, plus menaçante, de son père, Arnaud.
Nina grandissait dans un foyer où l'amour et la peur s'entremêlaient. Son père, homme brisé, portait en lui les séquelles d'une enfance éparpillée entre les familles d'accueil, sans jamais trouver d'ancrage. De ce passé, elle ne connaissait que des bribes, saisies dans les conversations entre sa mère et ses grands-parents. Ils avaient toujours craint Arnaud. Maintes fois, ils avaient exhorté leur fille, Marie, à fuir cet homme instable. Mais elle restait. Toujours.
Nina oscillait entre l'espoir que sa mère les écoute et la rancœur envers ces grands-parents qui, malgré leurs mises en garde, n'avaient su les protéger.
/image%2F0405240%2F20240901%2Fob_21b7e1_121311065.png)




























